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NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES.
errant sous les arbres de ces belles allées, augmentaientencore l’illusion. »
( Ferrières, tome II, p. 89.)
NOTE 18, PAGE 74.
M. de Talleyrand avait prédit d’une manière très-remar-quable les résultats financiers du papier-monnaie. Dans sondiscours, il montre d’abord la nature de cette monnaie, lacaractérise avec la plus grande justesse, et démontre lesraisons de sa prochaine infériorité.
» L’assemblée nationale, dit-il, ordonnera-t-elle uneémission de deux milliards d’assignats-monnaie? On pré-juge de cette seconde émission par le succès de la première,mais on ne veut pas voir que les besoins du commerce, ra-lenti par la révolution, ont dû faire accueillir avec avidilénotre premier numéraire conventionnel ; et ces besoinsétaient tels, que , dans mon opinion , il eût été adopté, cenuméraire, même quand il n’eût pas été forcé : faire mi-liter ce premier succès, qui même n’a pas été complet,puisque les assignats perdent, en faveur d'une seconde etplus ample émission, c’est s’exposer à de grands dangers ;car l’empire de la loi a sa mesure, et cette mesure c’est l’in-térêt que les hommes ont à la respecter ou à l’enfreindre.
» Sans doute les assignats auront des caractères de sû-reté que n’a jamais eus aucun papier-monnaie; nul n’auraété créé sur un gage aussi précieux, revêtu d’une hypothè-que aussi solide : je suis loin de le nier. L’assignat, consi-déré comme titre de créance, a une valeur positive et ma-térielle ; cette valeur de l’assignat est précisément la mêmeque celle du domaine qu’il représente; mais cependant,il faut convenir avant tout que jamais aucun papier na-tional ne marchera de pair avec les métaux ; jamais lesigne supplémentaire du premier signe représentatif de larichesse n’aura la valeur exacte de son modèle : le titremême constate le besoin, et le besoin porte crainte et dé-fiance autour de lui.
» Pourquoi l’assignat-monnaie sera-t-il toujours au-des-sous de l’argent? C’est d’abord parce qu’on doutera tou-jours de l’application exacte de ses rapports entre la massedes assignats et celle des biens nationaux ; c’est qu’on seralongtemps incertain sur la consommation des ventes; c’estqu’on ne conçoit pas à quelle époque deux milliards d’assi-gnats , représentant à peu près la valeur des domaines , setrouveront éleints ; c’est parce que, l’argent étant mis enconcurrence avec le papier, l’un et l’autre deviennent mar-chandise; et plus une marchandise est abondanie, pluselle doit perdre de son prix ; c’est qu’avec de l’argent onpourra toujours se passer d’assignats , tandis qu’il est im-possible avec des assignats de se passer d’argent, et heu-reusement le besoin absolu d’argent conservera dans la cir-culation quelques espèces, car le plus grand de tous les mauxserait d’en être absolument privé. »
Plus loin l’orateur ajoute :
« Créer un assignat-monnaie, ce n’est pas assurémentreprésenter un métal-marchandise, c’est uniquement re-
présenter un métal-monnaie : or un métal simplementmonnaie ne peut, quelque idée qu’on y attache , représen-ter celui qui est en même temps monnaie et marchandise.L’assignat-monnaie, quelque sûr, quelque solide qu’ilpuisse être , est donc une abstraction de la monnaie mé-tallique ; il n’est donc que le signe libre ou forcé, non pasde la richesse, mais simplement du crédit. Il suit de là quedonner au papier les fonctions de monnaie, en le rendant,comme l’autre monnaie, intermédiaire entre tous les ob-jets d’échange, c’est changer la quantité reconnue pourunité , autrement appelée dans cette matière l 'étalon dela monnaie; c’est opérer en un moment ce que les sièclesopèrent à peine dans un État qui s’enrichit; et si, pouremprunter l’expression d’un savant étranger, la monnaiefait à l’égard du prix des choses la même fonction que lesdegrés , minutes et secondes à l’égard des angles, ou leséchelles à l’égard des cartes géographiques ou plans quel-conques , je demande ce qui doit résulter de cette altéra-tion dans la mesure commune? „
Après avoir montré ce qu’était la monnaie nouvelle,M. de Talleyrand prédit avec une singulière précisionla confusion qui en résulterait dans les transactions pri-vées :
« Mais enfin suivons les assignats dans leur marche, etvoyous quelle route ils auront à parcourir. Il faudra doncque le créancier remboursé achète des domaines avec desassignats, ou qu’il les garde, ou qu’il les emploie à d’au-tres acquisitions. S’il achète des domaines, alors votre butsera rempli : je m’applaudirai avec vous de la création desassignats, parce qu’ils ne seront pas disséminés dans lacirculation , parce qu’enfin ils n’auront fait que ce que jevous propose de donner aux créances publiques, la facultéd’être échangées contre les domaines publics. Mais si cecréancier défiant préfère de perdre des intérêts en conser-vant un titre inactif ; mais s’il convertit des assignats enmétaux pour les enfouir, ou eu effets sur l’étranger pourles transporter ; mais si ces dernières classes sont beaucoupplus nombreuses que la première ; si, en un mot, les assi'gnats s’arrêtent longtemps dans la circulation avant devenir s’anéantir dans la caisse de l’extraordinaire; s’il*parviennent forcément et séjournent dans les mains d’hom-mes obligés de les recevoir au pair,et qui, ne devant rien,ne pourront s’en servir qu’avec perle ; s’ils sont l’occasiond’une grande injustice commise par tous les débiteursvis-à-vis des créanciers antérieurs, à recevoir les assignat*au pair de l’argent, tandis qu’elle sera démentie dan*l’effet qu’elle ordonne, puisqu’il sera impossible d’oblifî erles vendeurs à les prendre au pair des espèces, c’est-à-dire sans augmenter le prix de leurs marchandises en rai-son de la perte des assignats ; alors combien cette ope-ration ingénieuse aurait-elle trompé le patriotisme deceux dont la sagacité l’a présentée, et dont la bonne foi ,adéfend ; et à quels regrets inconsolables ne serions-nou*pas condamnés! >
On ne peut donc pas dire que l’assemblée constituanteait complètement ignoré le résultat possible de sa déternai-nalion; mais à ces prévisions on pouvait opposer uneces réponses qu’on n’ose jamais faire sur le moment, nm 1 ®qui seraient péremptoires, et qui le deviennent danssuite : cette réponse élaitla nécessité; la nécessité de poufvoir aux finances, et de diviser les propriétés.