NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES.
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» J’étais indigné de tout ce que j’avais entendu, de toutce que je pressentais d’atroce dans l’odieuse conduite denos généraux. Ne pouvant plus y tenir, je quittai la partie,et je vis avec étonnement dans la pièce voisine, dont lesportes étaient béantes, plusieurs heiduques de Dumouriez le sabre nu à l’épaule. J'ignore quel pouvait être le but decette farce ridicule : si elle avait été imaginée pour m’in-timider, il faut convenir que les valets de Dumouriez ontde grandes idées de liberté. Prenez patience messieurs ,nous vous apprendrons à la connaître. En attendant,croyez que votre maître redoute bien plus le bout de maplume que je n’ai peur des sabres de ses chenapans. »
NOTE 51, PAGE 221.
Parmi les esprits les plus froids et les plus impartiauxde la révolution , il faut citer Pétion. Personne n’a jugéd’une manière plus sensée les deux partis qui divisaient laconvention. Son équité était si connue, que des deux côtéson consentait à s’en remettre à son jugement. Les accusa-tions qui eurent lieu dès l’ouverture de l’assemblée, pro-voquèrent de grandes disputes aux Jacobins. Fabre d’É-glanline proposa de s’en référer à Pétion du jugement àrendre. Voici la manière dont il s’exprima :
Séance du 26 octobre 1792.
« II est un autre moyen que je crois utile et qui pro-duira un plus grand effet : presque toujours, lorsqu’unevaste intrigue a voulu se nouer, elle a eu besoin de puis-sance; elle a dô faire de grands efforts pour s’attacher ungrand crédit personnel. S’il existait un homme qui auraittout vu , tout apprécié dans l’un et l’autre parti, vous nepourriez douter que cet homme, ami de la vérité , ne fûttrès-propre à la faire connaître : eh bien ! je propose quevous invitiez cet homme, membre de votre société, à pro-noncer sur les crimes qu’on impute aux patriotes; forcezsa vertu à dire tout ce qu’il a vu : cet homme, c’est Pétion.Quelque condescendance que l’homme puisse avoir pourses amis, j’ose dire que les intrigants n’ont point corrompuPétion; il est toujours pur, il est sincère ; je le dis ici, jevais lui parler souvent, à la convention, dans les momentsd’explosion, et s’il ne me dit pas toujours qu’il gémit, jevois qu’il gémit intérieurement : ce matin, il voulait mon-ter à la tribune. Il ne peut pas vous refuser d’écrire cequ’il pense , et nous verrons si, malgré que j’évente cemoyen-là, les intrigants peuvent le détourner. Observez,citoyens, que cette marche seule prouvera que vous ne
voulez que la vérité ; c’est un hommage que vous rendez
à la vertu d’un bon patriote, avec d’autant plus de motifs,que les menteurs se sont enveloppés de sa vertu pour êtrequelque chose. Je demande que la motion soit mise auxvoix. » ( Applaudi •)
Legendre. « Le coup était monté, il était clair : la dis-tribution du discours de Brissot , le rapport du ministre del’intérieur, le discours de Louvet dans la poche, tout celaprouve que la partie était faite. Le discours de Brissot surla radiation contient tout ce qu’a dit Louvet : le rapport deRoland était pour fournir à Louvet une occasion de parler.
J’approuve la motion de Fabre : la convention va pronon-cer; Robespierre a la parole pour lundi : je demande quela société suspende sa décision; il est impossible que dansun pays libre la vertu succombe sous le crime. »
Après cette citation , je crois devoir placer le morceauque Pétion écrivit relativement à la dispute engagée entreLouvet et Robespierre ; c’est, avec les morceaux extraitsde Garat, celui qui renferme les renseignements les plusprécieux sur la conduite et le caractère des hommes dece temps, et ce sont ceux que l’histoire doit conservercomme les plus capables de répandre des idées justes surcette époque.
« Citoyens, je m’étais promis de garder le silence le plusabsolu sur les événements qui se sont passés depuis le10 août : des motifs de délicatesse et de bien public medéterminaient à user de cette réserve.
» Mais il est impossible de me taire plus longtemps : del’une et de l’autre part, on invoque mon témoignage ; cha-cun me presse de dire mon opinion ; je vais dire avec fran-chise ce que je sais sur quelques hommes, ce que je pensesur les choses.
» J’ai vu de près les scènes de la révolution ; j’ai vu lescabales, les intrigues, les luttes orageuses entre la tyran-nie et la liberté, entre le vice et la vertu.
» Quand le jeu des passions humaines parait à décou-vert , quand on aperçoit les ressorts secrets qui ont dirigéles opérations les plus importantes, quand on rapprocheles événements de leurs causes, quand on connaît tous lespérils que la liberté a courus, quand on pénètre dans l’a-bime de corruption qui menaçait à chaque instant de nousengloutir, on se demande avec étonnement par quelle suitede prodiges nous sommes arrivés au point où nous noustrouvons aujourd’hui.
» Les révolutions veulent être vues de loin : ce prestigeleur est bien nécessaire; les siècles effacent les taches quiles obscurcissent; la postérité n’aperçoit que les résultats.Nos neveux nous croiront grands ; rendons-les meilleursque nous.
» Je laisse en arrière les faits antérieurs à cette journéeà jamais mémorable, qui a élevé la liberté sur les ruinesde la tyrannie, et qui a changé la monarchie en république.
» Les hommes qui se sont attribué la gloire de cettejournée sont les hommes à qui elle appartient le moins :elle est due à ceux qui l’ont préparée ; elle est due à la na-ture impérieuse des choses ; elle est due aux hraves fédéréset à leur directoire secret, qui concertait depuis long-temps le plan de l’insurrection; elle est due au peuple, elleest due enfin au génie tutélaire qui préside constammentaux destins de la Fi ance depuis la première assemblée deses représentants !
» Il faut le dire , un moment le succès fut incertain ; etceux qui sont vraiment instruits des détails de cette jour-née savent quels furent les intrépides défenseurs de la pa-trie qui empêchèrent les Suisses et tous les satellites dudespotisme de demeurer maîtres du champ de bataille ,quels furent ceux qui rallièrent nos phalanges citoyennes,un instant ébranlées.
» Cette journée avait également lieu sans le concoursdes commissaires de plusieurs sections réunies à la maisoncommune : les membres de l’ancienne municipalité, quin’avaient pas désemparé pendant la nuit, étaient encoreen séance à neuf heures et demie du matin.