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Tome I.
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NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES.

» Ces commissaires conçurent néanmoins une grandeidée, et prirent une mesure liardieen s’emparant de tousles pouvoirs municipaux , et en se mettant à la place d’unconseil général dont iis redoutaient la faiblesse et la cor-ruption; ils exposèrent courageusement leur vie dans lecas où le succès ne justifierait pas l’entreprise.

» Si ces commissaires eussent eu la sagesse de savoirdéposer à temps leur autorité, de rentrer au rang desimples citoyens après la belle action qu’ils avaient faite,ils se seraient couverts de gloire: mais ils ne surent pasrésister à l’attrait du pouvoir, et l’envie de dominer s’em-para d’eux.

» Dans les premiers moments d’ivresse de la conquêtedelà liberté, et après une commotion aussi violente, ilétait impossible que tout rentrât à l’instant dans le calmeet dans l’ordre accoutumé; il eût été injuste de l’exiger :on fit alors au nouveau conseil de la commune des repro-ches qui n’étaient pas fondés; ce n’était connaître ni saposition ni les circonstances ; mais ces commissaires com-mencèrentà les mériter lorsqu’ils prolongèrent eux-mémesle mouvement révolutionnaire au delà du terme.

» L’assemblée nationale s'était prononcée; elle avaitpris un grand caractère, elle avait rendu des décrets quisauvaient l’empire, elle avait suspendu le roi, elle avaiteffacé la ligne de démarcation qui séparait les citoyens endeux classes, elle avait appelé la convention! Le partiroyaliste était abattu : il fallait dès lors se rallier à elle, lafortifier de l’opinion, l’environner de la confiance : le de-voir et la saine politique le voulaient ainsi.

» La commune trouva plus grand de rivaliser avec l’as-semblée; elle établit une lutte qui n’était propre qu’à jeterde la défaveur sur tout ce qui s’était passé, qu’à fairecroire que l’assemblée était sous le joug irrésistible descirconstances; elle obéissait ou résistait aux décrets, sui-vant qu’ils favorisaient ou contrariaient ses vues; elle pre-naitdans ses représentations au corps législatif des formesimpérieuses et irritantes ; elle affectait la puissance, etne savait ni jouir de ses triomphes, ni se les faire par-donner.

» On était parvenu à persuader aux uns que tant quel’état révolutionnaire durait, le pouvoir était remonté à sasource, que l’assemblée nationale était sans caractère,que son exi.-tence était précaire, et que les assemblées descommunes étaient les seules autorités légales et puissantes.

» On avait insinué aux autres que les chefs d’opiniondans l’assemblée nationale avaient des projets perfides,voulaient renverser la liberté et livrer la république auxétrangers.

» De sorte qu’un grand nombre de membres du conseilcroyaient user d’un droit légitime lorsqu’ils usurpaient l’au-torité, croyaient résister à l’oppression lorsqu’ils s’oppo-saient à la loi, croyaient faire un acte de civisme lorsqu’ilsmanquaient à leurs devoirs de citoyen : néanmoins, aumilieu de cette anarchie, la commune prenait de tempsen temps des arrêtés salutaires.

» J’avais été conservé dans ma place; mais elle n’étaitplus qu’un vain titre; j’en cherchais inutilement les fonc-tions ; elles étaient éparses entre toutes les mains , et cha-cun les exerçait.

» Je me rendis les premiers jours au conseil; je fus ef-frayé du désordre qui régnait dans cette assemblée, etsurtout de l’esprit qui la dominait : ce n’était plus uncorps administratif délibérant surles affaires communales; !c’était une assemblée politique se croyant investie de pleins !

pouvoirs, discutant les grands intérêts de l’État, exami-nant les lois faites, et en piomulguant de nouvelles; onn’y parlait que de complots contre la liberté publique; ony dénonçait des citoyens ; on les appelait à la barre; on lesentendait publiquement; on les jugeait; on les renvoyaitabsous ou on les retenait ; les règles ordinaires avaient dis-paru; l’effervescence des esprits était telle qu’il était im-possible de retenir ce torrent ; toutes les délibérationss’emportaient avec l'impétuosité de l’enthousiasme; ellesse succédaient avec une rapidité effrayante ; le jour, lanuit, sans aucune interruption, le consed était toujoursen séance.

» Je ne voulus pas que mon nom fût attaché à une mul-titude d’actes aussi irréguliers, aussi contraires aux prin-cipes.

» Je sentis également combien il était sage et utile de nepas approuver, de ne pas fortifier par ma présence toutce qui se passait. Ceux qui dans le conseil craignaient dem’y voir, ceux que mon aspect gênait, désiraient forte-ment que le peuple, dont je conservais la confiance, crûtque je présidais à ses opérations , et que rien ne se faisaitque de concert avec moi : ma réserve à cet égard accrutleur inimitié ; mais ils n’osèrent pas la manifester tropouveriement, crainte de déplaire à ce peuple dont ils bri-guaient la faveur.

» Je parus rarement; et la conduite que je tins danscette position très-délicate entre l’ancienne municipalité ,qui réclamait contre sa destitution , et la,nouvelle, qui seprétendait légalement instituée, ne fut pas inutile à latranquillité publique: car, si alors je me fusse prononcéfortement pour ou contre , j’occasionnais un déchirementqui auraii pu avoir des suites funestes : en tout il est unpoint de maturité qu’il faut savoir saisir.

» L’administration fut négligée, le maire ne fut plus uncentre d’unité ; tous les fils furent coupés entre mes mains ;le pouvoir fut dispersé ; l’action de surveillance fut sansforce : l’action réprimante le fut également.

» Robespierre prit donc l’ascendant dans le conseil, et ilélait difficile que cela ne fût pas ainsi dans les circonstancesou nous nous trouvions, et avec la trempe de son esprit.Je lui enlendis prononcer un discours qui me contristal’âme : il s’agissait du décret qui ouvrait les barrières, età ce sujet, il se livra à des déclamations extrêmement ani-mées, aux écartsd’une imagination sombre; il aperçut desprécipices sous ses pas, des complots liberticides; il si-gnala les prétendus conspirateurs; il s’adressa au peuple,échauffa les esprits, et occasionna, parmi ceux qui l’en-tendaient, la plus vive fermentation.

» Je répondis à ce discours pour rétablir le calme, pourdissiper ces noires illusions, et ramener la discussion auseul poini qui dût occuper l’assemblée.

» Robespierre et ses partisans entraînaient ainsi la com-mune dans des démarches inconsidérées , dans les partisextrêmes.

» Je ne suspectais pas pour cela les intentions de Robes-pierre ; j’accusais sa tête plus que son cœur; mais les sui-tes de ces noires visions ne m’en causaient pas moins d’a-larmes.

» Chaque jour les tribunes du conseil retentissaientde diatribes violentes, les membres ne pouvaient pas sepersuader qu’ils étaient des magistrats chargés de veillerà l’exécution des lois et au maintien de l’ordre; ils s’en-visageaient toujours comme formant une association révo-lutionnaire.