2 REVOLUTION FRANÇAISE.
étrangère; mais celle de Ronsin, envoyé à Lyon avec lui, et de plus exécuteur de ses sanglantesordonnances, le touchait de très-près. Collol-d’Herbois avait soutenu avec Ronsin qu’il n’y avaitqu’un centième des Lyonnais qui fussent patriotes;qu’il fallait déporter ou immoler le reste, chargerle Rhône de cadavres, effrayer tout le Midi de cespectacle, et frapper de terreur la rebelle cité deToulon . Ronsin était en prison pour avoir répétéces horribles expressions dans une affiche. Collot-d’Herbois , rappelé pour rendre compte de sa mis-sion, avait le plus grand intérêt à justifier la con-duite de Ronsin, afin de faire approuver la sienne.Dans ce moment, il arrivait une pétition signée dequelques citoyens lyonnais , qui faisaient la pein-ture la plus déchirante des maux de leur ville. Ilsmontraient des mitraillades succédant aux exécu-tions de la guillotine, une pc " ’ entière me-nacée d’extermination, et une cité riche et manu-facturière démolie, non plus avec le marteau,mais avec la mine. Cette pétition, que quatre ci-toyens avaient eu le courage de signer, produisitune impression douloureuse sur la convention.Collol-d’Herbois se hâta de faire son rapport, et,dans son ivresse révolutionnaire, il présenta cesterribles exécutions comme elles s’offraient à sapropre imagination, c’est-à-dire comme indispen-sables et toutes naturelles.— « Les Lyonnais, dit-il en substance, étaient vaincus, mais ils disaienthautement qu’ils prendraient bientôt leur revan-che. Il fallait frapper de terreur ces rebelles encoreinsoumis, et avec eux tous ceux qui voudraient lesimiter; il fallait un exemple prompt et terrible.L’instrument ordinaire de mort n’agissait pointassez vite, le marteau ne démolissait que lente-ment. La mitraille a détruit les hommes, laminea détruit les édifices. Ceux qui sont morts avaienttous trempé leurs mains dans le sang des patriotes.Une commission populaire les choisissait d’un coupd’œil prompt et sûr dans la foule des prisonniers;et on n’a lieu de regretter aucun de ceux qui ontété frappés. » — Collot-dTIerbois obligea la con-vention étonnée à approuver ce qui lui semblait àlui-même si naturel; il se rendit ensuite aux Jaco-bins pour se plaindre à eux de la peine qu’il avaiteue à justifier sa conduite, et de la compassionqu'avaient inspirée les Lyonnais. « Ce matin, j’ai» eu besoin, dit-il, de me servir de circonlocu-» tions pour faire approuver la mort des traîtres.» On pleurait, on demandait s’ils étaient morts du» premier coup !... Du premier coup, les conlre-
» révolutionnaires! Et Chalier est-il mort du pre-
» mier coup*?.Vous vous informez, disais-je
» à la convention, comment sont morts ces hommes» qui étaient couverts du sang de nos frères! s’ils» n’étaient pas morts, vous ne délibéreriez pas
» ici!.Eh bien! à peine entendait-on ce lan-
» gage! Us ne pouvaient entendre parler des morts;» ils ne savaient pas se défendre des ombres! »Passant ensuite à Ronsin, Collol-d’Herbois dit quece général avait partagé tous les dangers des pa-triotes dans le Midi, qu’il y avait bravé avec luiles poignards des aristocrates, et déployé la plusgrande fermeté pour y faire respecter l’autorité dela république; que dans ce moment tous les aris-tocrates se réjouissaient de son arrestation, et yvoyaient pour eux-mêmes un sujet d’espoir. —« Qu’a donc fait Ronsin pour être arrêté? ajoutaitCollot. Je l’ai demandé à tout le monde, personnen’a pu me le dire. » — Le lendemain de cetteséance, dans celle du 3 nivôse, Collot, revenant àla charge, vint annoncer la mort du patriote Gail-lard, lequel, voyant que la convention semblaitdésapprouver l’énergie déployée à Lyon , s’étaitdonné la mort. — « Vous ai-je trompés, s’écriaCollot, quand je vous ai dit que les patriotesallaient être réduits au désespoir, si l’esprit publicvenait à baisser ici? »
Ainsi, tandis que deux chefs des ultra-révolu-tionnaires étaient enfermés, leurs partisans s’agi-taient pour eux. Les clubs, la convention étaienttroublés de réclamations en leur faveur, et unmembre même du comité de salut public com-promis dans leur système sanguinaire, les défen-dait pour se défendre lui-même. Leurs adversairescommençaient, de leur côté, à mettre la plusgrande énergie dans leurs attaques. Philipeaux,revenu de la Vendée , et plein d’indignation contrel’état-major de Saumur , voulait que le comité desalut public, partageant sa colère, poursuivît Ros-signol, Ronsin et autres, et vît une trahison dansla non-réussite du plan de campagne du 2 sep-tembre. On a déjà vu combien il y avait de tortsréciproques, de malentendus et d’incompatibilitésde caractère dans la conduite de celte guerre.Rossignol et l’état-major de Saumur avaient eu del’humeur, mais n’avaient point trahi; le comité,en les désapprouvant, ne pouvait leur faire es-
* Ce montagnard , condamné par les fédéralistes lyonnais ,avait été mal exécuté par le bourreau, qui avait été obligéde revenir jusqu’à trois fois pour faire tomber sa tête.