CONVENTION NATIONALE (1793).
> Auri vim alrjue opes Planti, principi infemas.
9 Suspect.
9 Étiez- vous pauvre? Comment donc! imincible9 empereur! il faut surveiller de plus près cet9 homme. Il n’y a personne d’entreprenant comme9 celui qui n’a rien. SyUuni inopem, unclèprœci-9 puam audac'uim. Suspect.
» Étiez-vous d un caractère sombre, mélanco-» lique, ou mis en négligé? Ce qui vous affligeait,
» c’est que les affaires publiques allaient bien.
» Hominem pubtkis bonis mœst.um. Suspect. »
Camille Desmoulins poursuivait ainsi cellegrande énumération des suspects, ei traçait unhorrible tableau de ce qui se fai sait à Paris , par cequi s était fait à Rome . Si la lettre de Philipeauxavait excité une vive sensation, le journal deCamille Desmoulins en produisit une bien plusgrande encore. Cinquante mille exemplaires dechacun de ses numéros furent vendus en quelquesjours. Les provinces en demandaient en quantité;les prisonniers se les transmettaient à la dérobée,et ils lisaient avec délices, et avec un peu d’espoir,ce révolutionnaire qui leur était autrefois si odieux.Camille, sans vouloir qu’on ouvrît les prisons,ni qu’on fît rétrograder la révolution, demandaitl’institution d’un comité dit de clémence, qui feraitla revue des prisonniers, élargirait les citoyensenfermés sans cause suffisante, et arrêterait lesang là où il avait déjà trop coulé.
Les écrits de Philipeaux et de Desmoulins irritè-rent au plus haut degré les révolutionnaires zélés,et furent improuvés aux Jacobins. Hébert les y dé-nonça avec fureur; il proposa même de radier lesauteurs de la liste de la société. Il signala en outre,pomme complices deCamille Desmoulins et de Phi-lipeaux, Bourdon de l’Oise et Fabre-d’Églanline.On a vu que Bourdon de l’Oise avait voulu, de con-cert avec Goupilleau, destituer Rossignol ; il s’étaitbrouillé depuis avec fétat major de Saumur , etn’avait cessé dans la convention de s’élever contrele parti Ronsin. C’est ce qui le faisait associer à Phi-lipeaux. Fabre était accusé d’avoir pris part à l’af-faire du faux décret, et on était disposé à le croire,quoiqu’il eût été justifié par Chabot. Sentant saposition périlleuse, et ayant tout à craindre d’unsystème de sévérité trop grande, il avait deux outrois fois parlé pour le système de l’indulgence,s’était entièrement brouillé avec les ultra-révolu-tionnaires, et avait été traité d’intrigant par le PèreDuchesne. Les jacobins, sans adopter les violentespropositions d’Hébert, décidèrent que Philipeaux,
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Camille Desmoulins, Bourdon de l’Oise et Fabre-d’Églantine viendraient à la barre de la sociétédonner des explications sur leurs écrits et sur leursdiscours dans la convention.
La séanceoù ils devaient comparaître avait excitéune affluence extraordinaire. On se disputait lesplaces avec fureur, on en vendit quelques-unesjusqu’à 25 francs. C'était, en effet, le procès desdeux nouvelles classes de patriotes qui allait sejuger devant l’aulori te toute-puissante des jacobi ns.Philipeaux, quoiqu’il ne fui pas membre de la so-ciété, ne refusa pas de comparaître à sa barre, etrépéta les accusations qu’il avait déjà consignées,soit dans sa correspondance avec le comité de salutpublic, soit dans sa brochure. Il ne*ménagea pasplus les individus qu'il ne l’avait fait précédem-ment, et donna à Hébert deux ou trois démentisformels et insultants. Ces personnalités si hardiesde Philipeaux commençaient à agiter la société,et la séance devenait orageuse, lorsque Danton ,prenant la parole, observa que, pour juger unequestion aussi grave, il fallait la plus grande atten-tion et le plus grand calme; qu’il n’avait aucuneopinion faite sur Philipeaux et sur la vérité de sesaccusations; qu’il lui avait déjà dit à lui-même :
« Il faut que tu prouves tes accusations, ou que» tu portes ta tête sur l’échaufaud t ; que peut-être il n’y avait ici de coupables que les événe-ments; mais que, dans tous les cas, il fallait quetout le monde fût entendu, et surtout écouté.
Robespierre, parlant après Danton , dit qu’il n’a-vait pas lu la brochure de Philipeaux; qu’il savaitseulement que, dans cette brochure, on rendait lecomité responsable de la perte de trente millehommes; que le comité n’avait pas le temps de ré-pondre à des libelles, et de faire une guerre deplume; que cependant il ne croyait pas Philipeauxcoupable d’intentions mauvaises, mais entraîné pardes passions. « Je ne prétends pas, dit Robespierre ,9 imposer silence à la conscience de mon collègue ;» mais qu’il s’examine, et juge s’il n’y a en lui-» même ni vanité, ni petites passions. Je le crois» entraîné par le patriotisme non moins que par la» colère; mais qu’il réfléchisse! qu’il considère la» lutte qui s engage ! il verra que les modérés pren-» dront sa défense, que les aristocrates se range-» ront de son côté, que la convention elle-même» se partagera, qu’il s’y élèvera peut-être un parti» de l’opposition, ce qui serait désastreux, et ce» qui renouvellerait le combat dont on est sorti,» et les conspirations qu’on a eu tant de peine à