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SUR LA VIE DU MARQUIS DE ROUILLÉ ,rangs des soldats (r}. Il partageait leurs exercices, il bra-vait avec eux l’ardeur du jour, la fatigue des marches ,et les rigueurs du bivouac. Au milieu des manœuvres, ousous la tente, iî étudiait les besoins , les penchans , lesmœurs de ses compagnons d’armes, pour savoir ce quel’art de la guerre peut obtenir des forces de l'homme ,des lois de la discipline , ou des élans du courage. Lescamps étaient pour lui l’école des combats; et, par lesdevoirs de l’obéissance, il apprenait à connaître l’usageet l’empire du commandement. Bientôt il allait comman-der à son tour.
Jamais la France n’avait eu plus besoin de guerriers;jamais nos armes n'avaient éprouvé plus d’affronts qu’àcette époque de la guerre de sept ans. Aucun enthou-siasme militaire n’animait la nation ; l’armée semblaitavoir oublié l’art des combats et perdu jusqu’au souvenirde ses anciens exploits. Est-ce dans les plaines de Pios-bach ou sur les champs de bataille de Ürevelt et deMinden , qu’on aurait pu reconnaître la valeureuse infan-terie de Fontenoi ? C’étaient pourtant les mêmes soldats ,mais ce n’étaient plus les mêmes chefs. Sous un monarqueindolent, les caprices d’une femme ambitieuse et vainetraçaient le plan des opérations militaires, et donnaientdes chefs à l’armée. L’histoire de leurs campagnes ne pré-sente que le lableau de leurs fautes et de nos revers.L armée, qui paraissait avoir perdu tout sentiment de sa
(>) En 1754, un camp fut formé à Gray , dans la Franche-Comté , sousle commandement du duc de Randan. M. de Bouille' servit à cette épo-que en qualité de cadet dans le régiment d’infanterie du prince de RohanRochefort. Il manœuvrait daus les rangs des grenadiers. Plus tard , ilpassa dix-huit mois dans la compagnie des mousquetaires noirs, quecommandait alors le comte de Montboissier, son parent.