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MÉMOIRES DU MARQUIS DE BOUILLE.
pagne, ainsi que j’avais lieu de l’espérer, rendraità ce prince sa liberté et sa puissance. Je l’avaisprié de demander au roi un conseil de guerre pourfaire juger ma conduite, me promettant de n’ac-cepter aucune place dans le gouvernement jusqu’àce qu’on eût parfaitement connu les causes quiavaient pu produire ce malheur; les personnes quiy avaient contribué cherchant naturellement à enrejeter le blâme sur moi, moyen le plus simple etle plus facile de se justifier elles-mêmes.
Je puis assurer, sur mon honneur, que les faitsque je raconte, comme acteur ou comme témoin,sont vrais : je n’en ai cité d’autres comme tels,que d’après les preuves les plus fortes qui ont en-traîné ma conviction. Quant a mon jugement surles choses et sur les personnes, il n’a été dicté nimême influencé par aucune passion. Si je me suistrompé, le lecteur éclairé et impartial pourra aisé-ment le connaître et redresser mes erreurs, quiont été produites par le désir peut-être trop peumodéré de répandre la vérité, que n’a pu arrêteraucune des considérations qui en ont imposé à tantd’autres, et qui les ont réduits au silence. La libertéavec laquelle je l’ai exprimée, a blessé, je le sais,bien des personnes, et je le regrette ; mais désirantqu’elle fût utile, je n’ai pas jugé devoir non-seule-ment la taire, mais même la déguiser. J’ai crud’ailleurs qu’en publiant mes fautes, j’avais acquisle droit de faire connaître celles des autres, seulfruit que nous puissions retirer de nos malheurs,