CHAPITRE PREMIER.
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gouvernement était sans force, la cour dans lemépris, les grands dans l’avilissement ; l’irréligionet l’immoralité avaient corrompu les premiersrangs; l’inquiétude et le mécontentement ré-gnaient sur toutes les classes; le trésor était épuisé,le crédit perdu , et toutes les ressources ordinairesusées. Les états-généraux, devenus bientôt desassemblées populaires, déterminèrent la catas-trophe, mais ils ne la produisirent pas; elle futl’effet presque toujours inévitable de la corruptiondes peuples et de la faiblesse des gouvernemens.
On se persuadera difficilement que la France puisse, ainsi que l’Angleterre, après la grande ré-volution qu’elle éprouva dans le siècle dernier, etlors de sa restauration, redevenir plus vigoureusequ’elle n’était auparavant. Les Anglais avaient con-servé les élémens et les principes de leur ancienneconstitution; ils avaient conservé leurs lois, etsurtout leurs moeurs et leur religion : les Français les ont perdues. Saris ces liens essentiels, leshommes réunis ne peuvent vivre en société, etencore moins une grande nation peut-elle êtregouvernée ou se gouverner elle-même.
Le sort de l’Europe étant sans doute lié à celui dela nation française, je ne balance pas à dire que laseule espérance qui nous reste, est dans le retourdes idées morales et religieuses, qui commencent (i)
( 1 ) Ces Mémoires ont été écrits peu de temps avant la révolutiondu 18 fructidor, et alors la modération paraissait se rétablir enFrance . M. de B.
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