20 MÉMOIRES DU MARQUIS DE B0U1LLÉ.
et la vénération des peuples ; ce fut pour lui plairequ’on laissa re'pandre avec une licence effrénée lesprincipes les plus contraires aux moeurs, à la re-ligion et à l’autorité; qu’on laissa les philosopheset les gens de lettres s’emparer de l’opinion, lacomposer à leur manière, et ensuite l’ériger entribunal des actions et de la conduite du gouver-nement; ce fut pour lui plaire, qu’on soutint lescolonies de l’Amérique dans leur révolte contrel’Angleterre; qu’on entreprit une guerre ruineusepour assurer leur indépendance , et que, pour pré-parer plus généralement les esprits contre l’im-moralité du principe de cette guerre, on laissapublier et répandre en France le dogme républi-cain de la souveraineté du.peuple : enfin, l’abandonde tout principe moral fut à un tel point, quel’esprit public était devenu démocratique, tandisque la monarchie subsistait encore ; de manièreque, lorsque le désordre des finances contraignit leroi d’assembler les notables pour y remédier, cetteassemblée ne put produire aucun bien. Les états-généraux qu’on leur substitua, ne pouvaient en pro-duire davantage. Toutes les humeurs de ce grandcorps politique étaient en fermentation ; l’ambitiondominait dans la magistrature ; l’esprit de prétentionse montrait dans le clergé ; celui d’insurrectiondans la noblesse; l’insubordination dans l’armée,principalement parmi les chefs; la licence dans lepublic, l’insolence dans la populace, la misère dansle peuple, un luxe effréné parmi les riches : le