24 MÉMOIRES DU MARQUIS DE BOUILLE.
de son commerce, son esprit public, les ressourcesine'puisables delà nation , l’énergie de son gouver-nement, me donnaient le désir d’en connaître lesressorts principaux, ainsi que les causes qui, de-puis près d un siècle, rendaient l’Angleterre larivaie heureuse de la France , et, depuis trenteannées, l’arbitre, en quelque manière, de l’Eu-rope .
Je voulais voir Frédéric avant sa mort, et lesrestes d’un des plus grands hommes qui eussentbrillé sur la terre; je voulais connaître cette ar-mée prussienne qui avait tant contribué à sessu c ès et à sa gloire ; je voulais voir l'empereurJoseph, le rival de Frédéric en puissance, leplus grand admirateur de ses talens, et l’imita-teur de sa conduite : tel était l’objet de mes pre-miers voyages.
Je partis pour l’Angleterre dans les premiersjours du mois de février de l’année 1784; j’ypassai près de cinq mois : j’y fus très-bien ac-cueilli par le roi, par les principaux personnagesde la nation, et par le public en général. J’obtinsdes planteurs et des marchands des Indes occi-dentales , des témoignages flatteurs de leur re-connaissance. Je n’avais été que juste envers leshabitans des colonies anglaises qui avaient été ,pendant la guerre, sous la domination de laFrance ; et j’avais suivi l’exemple de plusieurs deleurs généraux, entre autres du général Melville ,qui, pendant la guerre de sept ans, à la Guade-