5 o MÉMOIRES DU MARQUIS DE BOUILLE,
concordat, choisis en général parmi les hommesles plus recommandables par leurs moeurs, leurpiété ou leur érudition , inspiraient, dans un tempsoù les sentimens religieux étaient dans toute leurforce , la plus grande vénération au peuple ; maisn’étant plus choisis, dans ces derniers temps, queparmi la jeune noblesse de la cour et des pro-vinces, cet ordre avait perdu une partie de saconsidération, d’autant plus que le respect pour lareligion s’était très-affaibli.
La noblesse avait éprouvé de plus grands chan-gemens encore; elle avait perdu, non-seulementson ancienne splendeur , mais même jusqu’à sonexistence, et elle était entièrement décomposée.Il y avait en France à peu près 80,000 famillesnobles. ( Ce qui ne paraîtra pas surprenant, puis-que quatre mille charges civiles donnaient la no-‘ blesse ou la transmettaient, et que le roi accordaitjournellement des lettres de noblesse, qui avaientété si prodiguées dans la guerre de la succession ,qu’elles se vendaient 2,000 ecus tournois. ) Danscette nombreuse noblesse, il existait environ millefamilles, dont l’origine se perdait dans les tempsreculés de la monarchie. Parmi celles-ci, on envoyait à peine deux ou trois cents qui avaientéchappé à la misère et à l’infortune. On remar-quait encore quelques grands noms à la cour quirappelaient le souvenir des grands personnagesqui les avaient illustrés, mais qui , trop souvent,étaient avilis par les vices de ceux qui en avaient