52 MÉMOIRES DU MARQUIS DE BOUILUÉ.
la haine et la jalousie des plébéiens. Telle était lasituation de la noblesse du royaume, si j’en ex-cepte la Bretagne et quelques provinces d’états oùelle avait encore des prérogatives honorifiques.
Mais ce que le clergé et la noblesse avaientperdu en considération, en richesse et en puis-sance réelle, le tiers-état l’avait acquis depuis lerègne de Henri IV , et depuis la dernière assem-blée des états-généraux en 161 4• La France avaitfonde des colonies en Amérique ; elle avait établiun commerce maritime ; elle avait créé des manu-factures ; elle avait, pour ainsi dire , rendu l’Eu rope entière et une partie du monde tributairesde son industrie. Les richesses immenses qui s’é-taient introduites dans le royaume, ne s’étaientrépandues que sur les plébéiens , les préjugés dela noblesse l’excluant du commerce, et lui inter-disant l’exercice de tous les arts mécaniques etlibéraux. L’introduction même de ces richesses,en augmentant le numéraire , avait contribué àl’appauvrir , ainsi que les propriétaires en générai.Mais les villes s’étaient considérablement augmen-tées : il s’était établi des places de commerce , tellesque Lyon , Nantes , Bordeaux , Marseille , deve-nues aussi considérables et plus riches que les ca-pitales de plusieurs États voisins. Paris s’était accrud’une manière effrayante ; et tandis que les noblesquittaient leurs terres pour venir s’y ruiner, lesplébéiens y puisaient des trésors à l’aide de leurindustrie. Toutes les petites villes de provinces