54 MÉMOIRES DU MARQUIS DE ROUILLÉ .
l’armée ; elle l’était, en quelque manière , du hautclergé, par le choix des évêques parmi la hautenoblesse , et des grands vicaires en général parmiles nobles; elle l’était de plusieurs chapitres decathédrale. La haute magistrature la rejetait éga-lement, et la plupart des cours souveraines n’ad-mettaient que des nobles dans leur compagnie.Même pour être reçu maître des requêtes, lepremier degré dans le conseil d’Etat qui menaitaux places éminentes d intendant, et qui avait con-duit les Colbert et les Louvois et tant d’hommescélèbres aux places de ministres d’Etat, on exigeaitdans les derniers temps des preuves de noblesse.Ainsi, tandis que la noblesse avait été dépouilléede sa prérogative nécessaire dans une monarchie,on donnait aux nobles des privilèges nuisibles à lasociété.
Tels étaient les changemens survenus dans lanation, quand son vœu unanime pour la convoca-tion des étals-généraux se prononça avec une telleforce, qu’il entraîna le gouvernement le plus faiblequi eût existé depuis long-temps. Je ne parlerai pasde l’opinion qui, généralement dans les villes, sur-tout à Paris , et déjà même dans les campagnes decertaines provinces, était tournée vers l’irréligionet la licence. On remarquait dans toutes les classes,de la haine pour l’autorité, et du mépris pour ceuxqui en étaient revêtus. On jugera donc ce que l’as-semblée des états-généraux devait produire, s ilétait possible de les former des mêmes élémens et