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Mémoires du Marquis de Bouillé : avec une notice sur sa vie, des notes et des éclaircissemens historiques / par MM. Berville et Barrière
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CHAPITRE 1Y.

dès ce moment, ces semences de guerre civile etd’anarchie. Il me répondit , à mon grand étonne-ment ; « Le roi est trop mécontent de la noblesseet du parlement de Bretagne, pour les protégercontre la bourgeoisie, justement irritée de leur in-solence et de leurs vexations; qu’ils s’arrangententre eux ; mais le gouvernement ne s’en mêlerapas (1). » Je lui répliquai : « S’il ne s’agissait quede châtier ces deux corps, qui peut-être le méritent,vous pourriez avoir raison ; mais ce serait au roi àles punir : au lieu qu’en les livrant à la vengeancede leurs ennemis et de leurs rivaux , que le gouver-nement parait même soutenir (ils doivent le croire),vous occasionerez des troubles affreux , et vousallumerez un incendie que vous ne pourrez plus

(1) Il régnait, dans le mois désarmer 178g, en Bretagne , lesplus grands troubles , dont le principe était tout opposé à ceuxqui avaient eu lieu précédemment, suscités par la noblesse et par-le parlement, au lieu que dans le moment, la bourgeoisie de plu-sieurs grandes villes s’était réunie à Prennes , s’était armée , et-faisait ouvertement, la guerre à la noblesse qui composait les étatsqui y étaient rassemblés alors, et dont les membres du tiers s’étaientdéjà séparés. Elle avait tenu les états assiégés dans leurs sallespendant plus de trente-six heures ; ensuite elle avait insulté,battu,assassiné même plusieurs gentilshommes. Le commandant de laprovince, quoiqu’il y eût une force considérable dans cette villeet dans la Bretagne , était resté passif dans le désordre , et n’avaitpris aucun moyen pour le réprimer, quoique des bataillons bour-geois , avec du canon et des caissons, marchassent ouvertementdes extrémités de la province à Rennes . C’était à cette occasionque je témoignais à M. de Montmorin mon étonnement de ce quele gouvernement n’apaisait pas les troubles. M. de B,