CHAPITRE Y.
Situation de la France au mois d’octobre 178g. — Circonstancesdans lesquelles je me trouve à Metz . — Ouvertures qui me sontfaites par M. de La Fayette : commencement de ma correspon-dance avec lui ; ses projets.
Cependant la révolution s’avançait d’un pas ra-pide, elle renversait tous les obstacles quelle ren-contrait, pour parvenir à la destruction de la mo-narchie et à la dissolution de l’Etat. Les restes del’ancien système fe'odal étaient détruits ; tous lesprincipes de l’ancienne constitution du royaumeétaient attaqués; le roi, le 6 octobre, avait été as-sailli dans son palais par le peuple, excité par lesprincipaux représentans de la nation; et, après ladispersion et le massacre de ses gardes, il avait étéconduit prisonnier à Paris , et renfermé aux Tui leries , où il éprouvait journellement les insultesde la populace. Toute la France était en armes;les seigneurs, poursuivis parleurs vassaux, étaientobligés d’abandonner leurs châteaux qu’ils voyaienten feu, ainsi que leurs patrimoines envahis; leclergé, dans la consternation et l’effroi, attendaitson arrêt de mort; la magistrature restait inter-dite, étonnée; son autorité était suspendue, les loisrenversées et leur puissance anéantie; tous les res-sorts de l’administration étaient brisés, les droits de