84 MÉMOIRES DU MARQUIS DE B0U1LI.É.
obligations, et qui était l’ami et l’aide-de-camp deM. de La Fayette , m’écrivit la lettre suivante :
( Elle est sans date. )
« Je suis chargé, mon général, d’une démarcheauprès de vous, du succès de laquelle j’ai osé ré-pondre, car le motif en est aussi honnête qu’utileau bien public. Vous avez sûrement des corres-pondances assez exactes pour vous avoir instruit detous les événemens ; vous savez qu’ils ont porté LaFayette au faîte du pouvoir, et que sa fermeté vientde le débarrasser de M. le duc d'Orléans; mais,malgré ce succès contre le plus redoutable des fac-tieux , il sait que nous avons encore à craindre destroubles intérieurs et peut-être extérieurs ; il penseque , dans ce moment-ci, tous les gens bien inten-tionnés doivent se réunir pour défendre le roi et laconstitution , et qu’on doit compter sur vos lalenspour soutenir leur cause en cas de besoin. Il vousécrira incessamment lui-même , et j’espère que saconduite vous guérira des soupçons que vous avezsur sa franchise. Pour moi, qui n’étais pas sanspréjugés à son égard, je l ai suivi avec un granddétail dans toutes ces occasions-ci, et je le croisparfait honnête homme. Lorsqu’on craignait, il y aquelque temps, que des étrangers ne vinssent ap-puyer les ennemis de la liberté , on hésitait à vousdonner le commandement de l’armée, et l’on medemanda si je répondais de l'usage que vous en fe-riez. Ma réponse fut : « Ayez sa parole, et je me