IIO MÉMOIRES DU MARQUIS DE BOUILUÉ.
part étaient même sortis du royaume ; les princi-paux chefs de l’armée l’avaient abandonnée ; leursplaces étaient remplies, ou par des officiers-géné-raux négligés jusqu’à ce moment, ou par ceux quiavaient adopté les principes de la révolution.
J’éprouvai alors un mouvement d’indisciplinepresque général dans la garnison de Metz , quiétait composée de douze bataillons et de dix esca-drons; il n’était que l’effet de la débauche à laquelleles soldats avaient été excités par les bourgeois :mais ils rentrèrent bientôt dans le devoir à la voixde leurs officiers, et ils montrèrent un tel repentir,que je les jugeai meilleurs que je ne les avais crusauparavant. On peut connaître l’esprit qui régnaitdans ces troupes par le trait suivant que je croisdevoir citer.
Le lendemain de cette orgie, où les soldats s’é-taient fait donner à boire sans payer et s’étaientrépandus ivres dans la ville, je consignai tous lesrégimens dans leurs casernes : je fus à celui dePicardie, je le haranguai, je représentai aux sol-dats combien il était honteux pour le premier ré-giment de France , d’avoir donné un pareil exem-ple à l’armée : je leur dis cependant que, croyantà leur repentir (et ils étaient très-consternés), jevoulais bien lever la consigne et leur permettre desortir : ils s’écrièrent presqu’unanimement qu’ilsétaient trop coupables et qu’ils demandaient à gar-der les arrêts pendant huit jours. Ces mêmes sol-dats, quatre mois après, étaient en pleine insur-