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Mémoires du Marquis de Bouillé : avec une notice sur sa vie, des notes et des éclaircissemens historiques / par MM. Berville et Barrière
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CHAPITRE IX.

1 G)I)

c’est que le peuple ne voulait plus, après l’affairede Nancy , faire le service de la garde nationale;il avait déposé ses armes, jeté la cocarde nationale,et ne voulait plus reconnaître que l’autorité mili-taire émanée du roi. Les autorités constituéesavaient le même esprit. J’eus beaucoup de peineà persuader aux membres du département et dela municipalité, qu’ils devaient reprendre leursfonctions et obéir aux nouvelles lois constitution-nelles. Nancy était donc devenue royaliste ; maisje jugeai qu’il n’était d’aucune utilité de les ap-puyer dans ces principes; ce mouvement ne pou-vait être que momentané et n’aurait pas été suivipar les autres villes. Les commissaires eurent beau-coup de peine à ramener celle-ci à des sentimenspatriotiques.

On a dû juger par la lettre du roi, par celle duprésident de l’Assemblée, de l’importance qu’ilsavaient mise à cet événement ; ils donnèrent degrands éloges h ma conduite : il semblait que j’eussesauvé la France par mes talens, tandis que je n’a-vais été que l’instrument aveugle de la Providencequi en avait arrêté la destruction.

La Fayette , devenu le chevalier de la constitu-tion, après en avoir été le chef, ne voyait que ledanger auquel elle avait été exposée et auquel elleavait échappé pour le moment; il ne connaissaitpas les forces et les ressources de l’ennemi qui l’at-taquait, qui devait le détruire un jour; et il étaitplus occupé à se garantir des royalistes qui ne pou-