208 MÉMOIRES DU MARQUIS DE BOUItLÉ.
conduite qui établisse et qui fonde une constitutionsur des bases solides. Mais il y a un an, ne m’avez-vous pas exprimé la même volonté ? Ne m’avez-vous pas assuré dès-lors qu’on allait établir uneforce publique, sans l’exercice de laquelle les meil-leures lois sont sans force et sans vigueur ? et celane vous était-il pas plus possible dans ce temps-làqu’à présent ? Cependant qu’est-il arrivé depuiscette époque ? Il s’est formé plusieurs partis quisont en opposition au vôtre ; les jacobins ont ac-quis une grande influence, et une telle supériorité ,qu’il est presque impossible de les détruire, et qu’onne peut pas calculer jusqu’où ira le mal qu’ils pro-duiront en France ; le désordre s’est accru à Paris et dans les provinces; les troupes, qu’on cherchaitseulement à séduire, dans ce temps, par des moyensde persuasion, plus que par des moyens de corrup-tion, ont été achetées, et ont rompu tous les liens dela discipline. Cet esprit de vénalité est tellementrépandu dans l’armée, que le soldat, en général,sera à celui qui le paiera le plus ; tandis que leschefs et les officiers, dégoûtés et persécutés , sansconsidération et sans pouvoir, n’ont plus de possi-bilité de les faire rentrer dans le devoir. La fer-mentation a gagné parmi le peuple, et se propagetous les jours ; les clubs de la révolution condui-sent dans ce moment les villes, dont quelques-unessont encore retenues par la sagesse des adminis-trateurs : le peuple témoigne son mécontentementdans plusieurs; il est plus grand encore dans les