210 MÉMOIRES DU MARQUIS DE BOUILLÉ.
mations , qui tôt ou tard produiraient un grandmal. Ainsi un pouvoir légal à l’Assemblée cons-tituante pour faire des lois, une force nécessairepour les faire exécuter, Fentière liberté au mo-narque qui en est le chef : voilà ce qui peut éta-blir solidement une constitution libre; et vouséviterez alors une série d’anarchie qui doit pro-duire nécessairement une catastrophe.
» Mais cela est-il possible, ou non ? Je l’ignore.Puis-je et dois-je même m’en occuper ? Impuissantet incapable d’opérer un aussi grand bien, il nem’est permis de développer mes idées qu’à quel-ques personnes qui, comme vous, sont dans unesituation qui leur donne les moyens d’y contri-buer. Me taire avec les autres, respecter l’opi-nion publique, obéir aux lois émanées des princi-pales autorités, me renfermer dans l’exercice demes devoirs , sans sortir des bornes qu’ils me pres-crivent : telle est la règle que je me suis imposée,mon cher cousin, et que je suivrai tout le tempsque je vivrai sous le gouvernement français et queje le servirai, Je vous renouvelle les assurances demes tendres sentimeris. »
Je cherchais, par cette lettre , à tirer La Fayette de son funeste aveuglement, et je faisais une der-nière tentative; je lui exprimais mes sentimensavec force et avec véi'ité. Je lui indiquais la routequ’il devait suivre pour sortir de la situation dan-