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Mémoires du Marquis de Bouillé : avec une notice sur sa vie, des notes et des éclaircissemens historiques / par MM. Berville et Barrière
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CHAPITRE X.

21 I

gereuse où il était, pour retirer le roi de la sienneet garantir la France du trouble et des désordresdont elle était menacée. Je savais que le lendemaindu départ du comte de La Marclc pour Metz, LaFayette avait eu, à Paris , chez Emery, une con-versation de trois heures avec Mirabeau, qu’il avaitsollicitée lui-même. J’espérais qu’instruit de sesprojets, ou les soupçonnant, il avait peut-êtreconçu le désir de s’y associer et de les servir, etqu’éclairé enfin par la raison, il avait jugé que c’é-tait la seule issue pour sortir du labyrinthe où ils’était perdu. Cette réunion de Mirabeau, de LaFayette et de moi, si elle avait pu avoir lieu avectrois personnes de caractère et de principes aussiopposés, pouvait sauver le royaume. Mirabeaudisposait en quelque manière de la majorité del’Assemblée ; il avait une grande influence parmiles jacobins.

La Fayette , dans le déclin de sa puissance, avaitconservé encore un grand parti dans Paris , et mêmedans les provinces. J’avais regagné une grande in-fluence parmi les troupes, et une partie de mon au-torité ; j’avais même, ainsi que je l’ai déjà dit, ungrand crédit parmi les gardes nationales et auprèsdes autorités constituées des provinces frontières.L appui de ces deux hommes aurait augmenté mesforces qui auraient soutenu les leurs : mais Mira-beau fut attaqué, quelques jours après, d’unemaladie violente, et mourut, non sans un grandsoupçon de poison , qui porta sur les chefs des

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