220 MÉMOIRES DU' MARQUIS DE BOUILLE.
tourmentaient de toutes les manières; ils se réu-nissaient aux constitutionnels, dans le seul pointde maltraiter et de persécuter les royalistes : iisredoublèrent leurs insultes enversle roi. La Fayette avait voulu le faire aller, ainsi que la famille royale,à Saint-Cloud , pour y passer quelques jours , afinde faire tomber l’opinion générale de sa- captivité.Les jacobins excitèrent le peuple pour l’empêcher;et, malgré les efforts de La Fayette et de la gardenationale, la populace entoura les voitures du roi,et le força de rentrer dans sa prison des Tuileries .
Les jacobins, trouvant encore quelques difficultésà mettre les troupes en insurrection et à les soule-ver contre leurs chefs et les officiers-généraux quiétaient employés sous mes ordres , dont plusieursavaient conservé leur confiance , cherchèrent à at-tirer les soldats dans les clubs : ils les invitèrent ,je m’y opposai ; je leur fis défendre d’y aller, et ilsobéirent. J’étais fondé sur un décret de l’Assemblée,qui défendait aux troupes d’assister aux clubs, etaux membres de les y recevoir : il avait été rendudans les premiers jours du mois de septembre pré-cédent, après l’insurrection générale de l’armée;mais le ministre de la guerre , Duporlail , qui agis-sait alors moins par l'impulsion de La Fayette quepar celle des Lameth et des jacobins , écrivit à l’As-semblée pour en demander la révocation , qui luifut accordée , et je fus contraint de livrer les sol-dats à tous les traits de la séduction qu’on dirigeaitcontre eux. Elle fit en peu de temps de tels pro-