324 MEMOIRES DU MARQUIS DE BOUILLE.
nationale et les constitutionnels prendraient unparti modéré; ce qui n’était plus vraisemblabledepuis la mort de Mirabeau, le roi n’ayant per-sonne de marquant à lui dans le côté gauche del’Assemblée. Il était bien plus à présumer que ,dans une pareille circonstance, les deux partis seréuniraient. Mes moyens étaient si faibles, qu’ilm’était presque impossible de me maintenir àMontmédy , et le roi aurait été alors contraint desortir du royaume ; ce qu’il craignait le plusaprès une guerre civile. Cependant, il s’exposait àl’un et à l’autre ; car je doutais alors qu’un arrange-ment pût terminer une affaire d’une telle nature,tant les esprits étaient exaltés. C’était cependant cequ’il y avait le plus à désirer. Je craignais surtoutles grands du royaume qui en étaient sortis, et quiétaient pour la plupart sur la frontière , attendantune contre-révolution à main armée, avec le se-cours des puissances étrangères, ne connaissant pasla situation de la France , prenant la révolution pourune simple insurrection momentanée, comptantsur un parti dans l’intérieur qui n’existait pas, etsur des ressources qui étaient chimériques. Jecraignais les courtisans qui seraient venus entourer, le roi ; je craignais les débris de ces grands corps,les membres épars du clergé, de la noblesse et dela magistrature , qui, justement indignés des traite-mens barbares qu’ils avaient éprouvés, guidés peut-être par le sentiment de -la vengeance , auraientpu entraîner le roi dans des mesures dangereuses,