CHAPITRE X.
225
opposées aux principes de sagesse, de prudence et defermeté qu’il devait adopter, et que la circonstanceexigeait. Enfin je ne voyais que des inconvéniens,je ne prévoyais que des malheurs plus grands queceux que nous avions éprouvés, et j’entrevoyais sousmes pas un abîme affreux, dans lequel une forceirrésistible entraînait le roi et la monarchie, et àlaquelle , malgré moi, j’allais servir d’instrument;car malheureusement le roi avait appris, par l’expé-rience, à connaître la méchancheté , la fausseté, laperfidie des hommes, ce qui l’avait rendu méfiantet soupçonneux. Je n’osai donc lui témoigner marépugnance pour son projet, et lui représenter tropfortement les dangers auxquels il s’exposait, dansla crainte qu’il ne soupçonnât mon zèle et mon dé-vouement. Qu’on se peigne ma situation! 11 n’enfut jamais de plus affreuse ; car j’étais presque sansespoir pour le succès de cette entreprise. Le seulque je pouvais concevoir, était que le roi, effrayédes dangers et des difficultés, changerait de projetau moment de l’exécution , sans être compromis.
Dans cet intervalle, La Fayette , pressé par leschefs des jacobins , se crut obligé de donner sa dé-mission du commandement de la garde nationaleparisienne. 11 fut vivement sollicité de le conserver,par la municipalité , par les gardes nationalesmême , et par le vœu des Parisiens, excepté de lapopulace et des factieux qui la dirigeaient. Il repritdonc cette place, qu’il conserva encore quelquetemps, après avoir perdu sa puissance, sa considé-