2 36 MÉMOIRES DU MARQUISI DE BOUILLE.
prétexte de faire une tournée des places frontières»du côté de Luxembourg . J’avais tellement persuadéle public que les Autrichiens rassemblaient uncorps de troupes dans cette partie ( quoiqu’il n’yeût aucun mouvement sur la frontière ) , que j’eusla possibilité de faire marcher dans les environs deMontmédy , le peu de bons régimens qui me res-taient : mais je n’avais pu employer que deux ba-taillons suisses de la garnison de Metz et quelques»escadrons des villes de Thionville , Longwy , Me—zières, Sedan , les plus proches de Montmédy , nepouvant, dans cette circonstance, placer ma con-fiance dans aucun régiment de l’infanterie fran-çaise qui était entièrement corrompue.
Le i 5 , je reçus à Longwy une lettre du roi, qui.m’instruisait que son départ serait retardé, et qu’ilpartirait le 20, entre minuit et une heure; qu’ilne pouvait mener avec lui M. le marquis d’Agoust,,dans sa voiture, parce que la gouvernante des en-fans de France , madame de Tourzel, devait lesaccompagner ; elle avait insisté sur les droits de saplace, qui lui donnait celui de ne jamais quitter lesenfans de France , et cette considération l’avaitemporté (1). Le retard du roi me contrariait beau-
(])Les personnes en Fiance qui occupaient les grandes chargesdelà couronne, soit pour le service de l’Etat , comme le chance-lier , les ministres , les gouverneurs de provinces , soit auprès dela personne du roi ou même de sa famille , prêtaient serment entre
ses mains. Par ce serment, les capitaines des gardes répondaient
de la sùretc de la personne du roi , ou des pi inces qui leur étaient