Buch 
Mémoires du Marquis de Bouillé : avec une notice sur sa vie, des notes et des éclaircissemens historiques / par MM. Berville et Barrière
Entstehung
Seite
253
JPEG-Download
 

CHAPITRE XI.

255

roi, qui avait cédé à mes instances et à mes vivessollicitations pour sortir de Paris et pour se retirersur la frontière au milieu de ses troupes fidèles.Je crus devoir en même temps menacer le peuplede la vengeance qu’exerceraient tous les souverainsalliés du roi, s’il attentait à ses jours ou à sa li-berté, et même s’il n’avait pas pour lui le respect,les égards et la soumission qu’il lui devait. Cettelettre qui a été imprimée, qui a été répandue par-tout, n’avait d’autre objet que de détourner pourun moment la fureur du peuple, dont je craignaisl’effet soudain contre le roi et la famille royale,de la diriger sur moi et d’intimider les ennemisnombreux de ce prince et de la royauté (i). Tousles partis cependant m’ont reproché celte démarche;on a prétendu qu’elle avait été dictée par un es-prit de fanfaronnade, dans un moment où j’étaisagité par un sentiment de vengeance et de fureur:comment a-t-on pu s’y méprendre? Si je n’avaispas eu le désir de sauver le roi; si ce n’avait pointété mon unique objet, aurais-je été assez incon-séquent pour annoncer l’entrée prochaine des ar-mées étrangères en France , lorsque je n’en voyaisaucune disposition, et lorsque je savais que mesmenaces ne pouvaient s’effectuer dans ce moment ?Me serais-je exposé non-seulement à la proscrip-tion et à la persécution qui devaient s’étendre sur

(i) Cette leltre est rapportée dans les Mémoires (le Ferrières .tome II , page 089. ( Note des nouv. édit. )