2^4 MÉMOIRES DU MARQUIS DE BOUILLÉ.
comme médiateurs et protecteurs décidés du partiraisonnable; que l’invasion, très-dangereuse par lessuites qui pourraient en résulter, était moins diffi-cile dans ce moment, où l’armée abandonnée parses chefs et par ses officiers, livrée à l’indisciplineet à la licence, était entièrement désorganise'e, etoù les troupes étrangères au service du roi, et unegrande partie de la cavalerie qui lui était restéefidèle , étaient les seules qui eussent conservé del’ordre et de la discipline; où la plupart des placesfrontières étaient dans un grand délabrement, cequi était constaté par l’examen que j’en avais faitfaire récemment par l’ordre du roi, d’où il résul-tait que les seize places de première ligne, depuisla Suisse jusqu’à la Sambre, exigeaient plus de onzemillions de dépense et plus de huit mois de temps,pour les mettre en état de supporter un siège. Jelui ajoutai que, si l’on n’avait pas un parti, on avaitdu moins des partisans nombreux et même puissansdans les provinces, principalement dans celles dela frontière, et des intelligences utiles dans les pla-ces de guerre, parmi les généraux, les ingénieurset les officiers d’artillerie qui y étaient restés ; queceux même qui avaient émigré pouvaient donnerde bons renseignemens sur les moyens d’attaque,sur le local, sur les personnes et sur les choses engénéral. Il est bien certain qu’à la fin de l’année 1791et même pendant celle de 1792, la France n’étaitpas difficile à envahir, une partie de la frontièreétant presque ouverte et sans défense; et qu’indé-