Dl'jS MÉMOIRES DU MARQUIS DE BOUILUÊ,
beaucoup d’esprit et de connaissances, et infini-ment du caractère du grand Frédéric, son oncle.Il me disait assez plaisamment qu’il était mal avectous les rois ses confrères, excepté avec le roi d’An-gleterre , mais qu’il avait forcé au moins l’impéra-trice de Russie à l’estimer. Effectivement cette prin-cesse lui en avait donné des marques non équivoques,et lui avait témoigné une grande confiance, en luipromettant de mettre à sa disposition un corps con-sidérable de ses troupes, pour l’expédition projetéeen France . Il était fort attaché au roi ; il est de touscelui qui lui a témoigné le plus d’intérêt dans cescirconstances malheureuses. Quoiqu’il doutât quela plupart des souverains de l’Europe eussent labonne volonté d’agir puissamment et de bonne foi,en faveur de cet infortuné monarque, il me parutespérer beaucoup de l’impulsion que donneraitl’impératrice de Russie , ainsi que sur les secoursréels qu’elle procurerait : les événemens ont prouvéqu’il s’est trompé.
Je retournai h Luxembourg où j’eus la satis-faction momentanée d’apprendre, par les corres-pondances que j’avais conservées avec la France ,que le roi était dans la même situation où il setrouvait avant son arrestation à Varennes; que sesnouveaux malheurs lui avaient même gagné despartisans dans le parti dominant de l’Assemblée, etavaient excité l’intérêt de la portion du peuple lamoins corrompue , mais la moins nombreuse. Ilest vrai que cet événement avait augmenté la fu-