3o4 MÉMOIRES DU MARQUIS DE BOUILLE.
mais de l’opinion, des talens de celui à qui le com-mandement sera confié , dépendront le succès et lacélérité de l’entreprise. Mais ce qui est essentiel,c’est le secret sur l’opération qui m’a été proposée ;et dans tous les cas, je compte vous avoir avecmoi, et cela me vaudra dix mille hommes. J’aiacquis le plus parfait accord , le calme le plus en-tier, et nous avons la plus belle récolte. J’espèreque vous continuerez à me donner de vos nou-velles , et que vous êtes persuadé de l’estime aveclaquelle je prie Dieu qu’il vous ait en sa sainte etdigne garde, monsieur le marquis de Bouillé .
» Votre affectionné , Gustave. »
On remarquera qu’alors le roi de Suède étaitpersuadé que l’empereur et le roi de Prusse dé-clareraient la guerre à la France , et l'attaque-raient au printemps, tandis que la nation fran-çaise la déclara au contraire à toute l’Europe . Hcomptait beaucoup sur l’assistance de l’impératricede Russie , sur sa résolution à soutenir une causequi devenait celle de tous les rois et qu’elle envi-sageait de même; sur son influence dans les cabi-nets des grands souverains de l’Europe ; tandis quela Russie n’a pris qu’une part très-indirecte danscette grande affaire , la politique l’ayant emportésur les sentimens de gloire qui jusqu’alors avaientdirigé Catherine dans toutes ses actions, et qu’onsupposait devoir la guider encore dans cette cir-constance.