3l8 MÉMOIRES DU MARQUIS DE BOUILLE.
ble que l'impératrice de Russie s'affermit de plusen plus danss es résolutions généreuses, par les obs-tacles mêmes qu’on veut lui susciter ; et depuis quela paix vient d’être signée avec les Turcs à Jassy ,le g janvier, elle aura les mains plus libres. Pourmoi, je suis occupé à la tenue de ma diète, qui, àla surprise de tous mes antagonistes, et peut-êtrede mes amis, se passe dans la plus parfaite tran-quillité. J’ai cru que , voulant concourir à remettrel’ordre chez mes amis, je devais commencer parl’établir chez moi, et tâcher de calmer les espritsdivisés. Jetais sûr des trois ordres, et la noblesse,qui était si acharnée contre moi en 178g, est re-tenue par la pluralité décidée et l’attachement cons-tant des trois ordres inférieurs. On tâche de lui fairecomprendre que, dans le dix-huitième siècle, ilfaut que ce premier ordre de l’Etat se soutienne parla stabilité du trône et par sa protection , et non envoulant lutter contre leur souverain. Ils n’enten-dent pas encore leurs intérêts ; mais ils pensentqu’ils sont les plus faibles, et commencent à avoirassez de prudence pour ne vouloir pas heurter l’o-pinion de leur roi et des trois ordres leurs co-états,dont les volontés réunies font la loi.
» Dans cette situation des choses, je ne peuxpresque pas douter que tout ne se passe à ma sa-tisfaction; et j’aurais pour lors l’avantage d’être leseul souverain qui ait osé risquer de réunir uneaussi grande assemblée, et d’y avoir réussi. Il estvrai que je connais un peu la tactique des diètes.