530 MÉMOIRES DU MARQUIS DE BOUILLE,que s’il écoutait tous les avis qu’il recevait, il nepourrait même boire un verre d’eau; qu’au reste, ilétait loin de croire à l’exécution d’un attentat pa-l’eil ; que ses sujets, quoique très-braves à la guerre,étaient extrêmement timides en politique 5 et queles succès faciles qu’il comptait obtenir contre laFrance, et dont il enverrait les trophées en Suède ,augmenteraient bientôt sa puissance par la con-fiance et le respect général qui en seraient le résul-tat. Telles étaient les idées chevaleresques de ceprince , qui flattaient son imagination ardente pourla gloire, exaltaient son courage et endormaient saprudence. Elles réveillaient en même temps l’ani-mosité des mécontens qui, au désir de vengeanceque leur inspiraient la suppression des prérogativesde la noblesse, l’extension de la puissance royale,le désordre des finances, la disproportion du ca-ractère et des projets du roi avec les bornes de sapuissance, joignaient la crainte de cette expéditionoù l’on voyait toutes les ressources de la Suède enhommes, en vaisseaux et en argent, s’engloutir inu-tilement.
Tels étaient les principaux motifs du complotqui se tramait, auxquels il faut ajouter l’ambitionde quelques hommes hardis, qui est toujours leressort essentiel des entreprises audacieuses ; unehaine mal calculée, l’ingratitude si commune et sicommode dans ce siècle, peu d’esprit public et dedésintéressement personnel ; cette manie de patrio-tisme qui, comme le disait un homme de beau-