55o MÉMOIRES DU MARQUIS DE BOUI1LÉ.
La campagne s’ouvrit dans les premiers joursd’août. Longwy et Verdun tombèrent presqu’à lavue de l’armée combinée, forte de près de quatre-vingt mille hommes. J’ai toujours ignoré pourquoion n’attaqua pas Sedan , place bien plus impor-tante que la dernière, et qui se serait rendueaussi facilement ; pourquoi l’armée ne prit pascette direction pour traverser la Champagne ; pour-quoi on s’amusa inutilement devant Thionville ,où l’on prétendait avoir des intelligences, dont onne facilita pas même le succès par une attaque ré-gulière et imposante. Mais je ne parierai pas da-vantage de cette campagne : je n’expliquerai pasles causes qui en ont amené le résultat malheureux ;elles sont semblables à celles qui ont presque tou-jours produit de grands événetnens, très-petitesen elles-mêmes. Ce n’est pas la première foisque de petites intrigues de cour ont dérangé lesplus grands plans politiques. Mais si l’on montraitla vérité dans tout son jour, elle blesserait lesregards de ceux qu’elle frapperait. C’est au tempsà en adoucir la lumière pour la rendre plus sup-portable.