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CHAPITRE XV. 56 1
circonstance où ils ne pouvaient ôter du trésorpublic des fonds qui pouvaient leur devenir né-cessaires : je ne pus rien gagner sur eux à cet égard.
Je partis pour Berne où je me fis présenter auxdeux avoyers, dont l’un était le célèbre M. Stei—ger (i), l’une des meilleures têtes politiques del’Europe . Nous eûmes ensemble plusieurs confé-rences : je fus également étonné et charmé dela justesse de son jugement sur la révolutionfrançaise, de la sagesse de ses idées, et de leurpénétration. Il connaissait parfaitement l’état pré-sent de la France ; il en savait les causes, enprévoyait les suites, et indiquait les moyens deguérison, semblable à un médecin habile qui,ayant étudié le tempérament de son malade, jugela maladie aux symptômes qu’elle présente, en aper-çoit les effets pernicieux et connaît les remèdes quipeuvent en arrêter la contagion. 11 craignait non-seulement la perte de la monarchie française, si onlaissait invétérer le mal, mais celle de l’Europe en-tière. 11 fallait, selon lui, employer les moyensextrêmes : ilapprouvaitdoncl’invasiondeîaFrance,par l’armée combinée de l’empereur et du roi dePrusse. Il aurait désiré que ces deux puissanceseussent fait de plus grands efforts , et que celles duMidi eussent agi avec plus d’énergie ; que les cabi-nets eussent, dans cette grande circonstance, borné
( i ) On fera bien de consulter plus tard les Mémoires de Mallet-du-Pan. (Note desnoup. édit.)