36a MÉMOIRES DU MAUQU'IS DE BOUTLtÉ.
leur ambition à garantir l’Europe des maux dont elleétait menacée, en rendant au roi de France sa pre-mière autorité, et en rétablissant l’ordre et la paixchez lui, sauf à demander ensuite les dédommage-mens que les frais de la guerre exigeraient ;qu’ils renonçassent, au moins pour le moment , àtoute vue de conquête. Il était difficile de faireadopter cette morale aux puissances ( il le jugeaitainsi ) , et surtout à la cour de Vienne dont la po-litique a été de tout temps la moins franche et laplus ambitieuse, ce qu’elle a bien prouvé dans lasuite de cette guerre.
M. Steiger me parut regretter que l’empereur etle roi de Prusse n’eussent pas voulu permettre aufrère du roi, Monsieur , de se déclarer régent deFrance . I! ne croyait pas que, dans ce cas, les can-tons se fussent refusés à lui donner les vingt-quatre mille Suisses que la ligue helvétique s’étaitengagée, par le dernier traité, à fournir au roi deFrance,à la première demande. Monsieur ,reconnurégent par les principaux souverains de 1 Europe ,eût alors représenté le roi qui était, plus que ja-mais, regardé comme prisonnier dans sa capitale.Je crois que cette mesure aurait été très-utile à lacause des royalistes français , et aurait contribué àses succès. L’impératrice de Russie le conseillait etle désirait; leroi de Prusse y consentait ; maisl’em-pereur s’y opposa : on pensa que c’était à l’instiga-tion de la reine à qui l’on supposait la crainteque les princes, frères du roi, ne prissent trop de