CONCLUSION.
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regrets , de l’intérêt, ou au moins de l’indulgence?Tous les sentimens de haine et de vengeance nedoivent-ils pas être étouffes, surtout si, parvenuà la maturité de l’âge, il peut encore réparer lesfautes de sa jeunesse et le tort qu’il a fait à sonpays ? Tel fut cependant La Fayette , telle fut saconduite, telle est sa situation , et telle sera peut-être un jour sa destinée.
Mais quel jugement porter sur M. Necker? Com-ment se défendre de l’impression que laissent lesdésastres auxquels il a concouru par l’imprudencede ses mesures, par la faiblesse de son caractère ,par l’insuffisance de ses lumières , et par une fausseapplication des principes philosophiques à la pra-tique. Je n’affirmerai pas, comme beaucoup d’au-tres, que M. Necker a été un factieux, un conspi-rateur, qu’il a trahi le roi et l’État; mais il a bienmal servi l’un et l’autre. Je ne conteste pas sa mo-ralité , ses vertus sociales. Doué de talens distin-gués , il était sans doute en état de diriger les finan-ces dans les temps ordinaires : mais quelle différenceentre l’époque de son premier ministère , et celle oùil a osé se charger du gouvernement ! S’il a prévu ,comme il le dit, la révolution, qu’a-t-il fait pourl’empêcher, pour la tempérer et pour la diriger ? S’ilavait une si grande confiance dans ses moyens etdans l’estime publique, dont il se croyait investi,comment n’a-t-il pas lutté avec plus d’habileté et decourage contre les écarts de l’opinion ? Pourquoiy a-t-il obéi, même contre le témoignage de sa