384 MÉMOIRES DU MARQUIS DE BOUILLE.
les réfléchit et qui les calcule sous de faux rap-ports; que ce jeune homme, avec ce s dispositions ,se trouve pendant plusieurs années avec des peu-ples qui combattent, ou qui croient combattrepour leur liberté, qu’il combatte lui-même aveceux , qu’il partage en quelque manière leurs succèset qu’il en reçoive des éloges flatteurs, qu’il re-vienne ensuite dans sa patrie; et que, transportéau milieu d’une cour corrompue, il s’y trouve aumoment où le germe d’une grande révolution vientd’éclore , oùle peuple montre la volonté dedétruirel’autorité absolue du monarque, et d’y substituerun gouvernement populaire, dans l’espoir de ren-dre son sort meilleur : n’aura-t-il pas le désir dejouer un rôle dans cette révolution , qu’il sera dis-posé à voir sous les faces les plus favorables, etdans l’objet de l’utilité générale? Et si le peuplele choisit pour un de ses chefs, ne défendra-t-ilpas sa cause avec zèle , avec ardeur , et même avecenthousiasme? Egaré par ses principes politiques,on pourra sans doute blâmer sa conduite; mais s’iln’abandonne pas ceux de la morale; si, au milieude tous les crimes , il ne s’en permet aucun ; s’il re-connaît enfin ses erreurs; si, sacrifiant son ambi-tion, il s’expose à la proscription et à l’exil; simême , pour réparer ses torts , il fait tous ses ef-forts pour sauver le monarque et la monarchie,envers lesquels son fanatisme l’avait rendu cou-pable ; enfin , s’il expie, par une longue captivité ,ses fautes et ses erreurs, ne doit-il pas inspirer des