43û ÉCLAIRCISSE MENS HISTORIQUES
perdu un instant à m’envoyer quelqu'un de Varennes , dès que leroi y était arrivé. J’étais également fâché de la lenteur que le ré-giment de royal-allemand avait mise à monter à cheval , et je re-grettais d’avoir perdu deux heures et demie , non que je craignissede ne plus trouver la famille royale à Varennes , ne pouvant m’ima-giner que la municipalité de cette ville osât forcer le roi à partirpour Paris ; et supposant qu’au moins on aurait exécuté l’ordreque j’avais donné , de ne laisser passer aucun courrier sur laroute après le passage du roi. Toute mon inquiétude portait surles obstacles que la lenteur du secours que je conduisais au roiaugmenterait, soit pour le délivrer, soit pour sa sûreté dans sonretour; et chaque quart-d’heure de perdu, lès multipliait ainsique les dangers. Je fis donc le plus de diligence possible. Je ren-contrai , à quelque distance de Varennes , le détachement de roval-allemand que j’avais fait partir d’avance , arrêté dans un bois pardes gardes nationales qui le fusillaient. Je les fis disperser, et jeme mis à la tête de ce détachement , suivi , à peu de distance , dureste du régiment. J’arrivai à neuf heures un quart auprès de Va-rennes , et je reconnaissais l’endroit pour le faire attaquer dèsque le régiment serait arrivé , quand je vis un détachement deshussards de Lauzun qui était en dehors’de la ville , dont le com-mandant, M. Desion , vint à moi, et m’annonça que le roi étaitparti depuis une heure et demie. Il en était alors neuf et demie.Je fus rejoindre le régiment de royaj-allemand et M. d’Offelizequi était à sa tête. Je proposai de passer outre. M. Desion, qui avaitété dans Varennes , et qui avait parlé au roi , me dit que le pontétait embarrassé , même rompu ; qu’il avait voulu passer la ri-vière, mais qu’il n’avait pu trouver de gué. Inutilement j'en fischercher un moi-même ; on m’objecta , à la tête du régiment, quela garnison de Verdun marchait sur nous, que nous pouvionstout au plus faire quatre lieues encore, ce qui était insuffisantpour joindre le roi : le régiment en avait déjà fait neuf très-vite,et je ne vis aucune volonié d’aller plus loin , ce qui véritablementdevenait inutile. Je ramenai donc roval-allemand à Stenay , d’o'uje partis pour Luxembourg avec les officiers-généraux et plusieursofficiers particuliers, au moment où on délibérait pour nous ar-rêter : l’ordre en était même donné sur la frontière , où nous pas-sâmes de force, en essuyant quelques coups de fusil.