ET PIÈGES OFFICIELLES.
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les campagnes) ; le reste y est attaché par intérêt et par ambition.Les clubs, établis dans toutes les villes , y dirigent la populace etcontiennent les gens bien intentionnés. Dans les campagnes , lepeuple n’est attaché au nouvel ordre de choses que par le soula-gement qu’il éprouve sur les impôts. Il se détachera de la cons-titution quand il verra revenir ses curés et qu’il sera sûr quel’ancien régime des impositions ne sera pas rétabli, et qu’il con-servera le même soulagement dans les taxes publiques. Les petitesvilles sont plus mauvaises que les grandes, qui, en général, per-dent davantage. J’en excepte Paris et quelques places de com-merce maritime , telles que Bordeaux , Marseille , Nantes , dirigéesou influencées par des fanatiques ou des négocians qui espèrentsubstituer à l’aristocratie de la noblesse qui leur manque , celle dela richesse qu’ils possèdent.
» On peut assurer que la France presque entière est contre l’an-cien régime. J’en excepte quelques individus intéressés à le voirrenaître. On regarde comme impossible de le rétablir autrementque par la force; et l’on croit que si l’on peut en employer unesuffisante pour soumettre les peuples , elle ne le serait pas pour lescontenir, et que leur obéissance ne peut être assurée que par unordre de choses qui plaise et qui convienne à la plus grande partiedes individus.
» Ainsi , l’on doit être certain que l’on ne peut opérer unecontre-révolution en France , ^ans des forces étrangères très-con-sidérables, qui frappent ou plutôt qui menacent sur tous les points;et que l’ordre ne sera rétabli et maintenu que par un gouverne-ment qui, en améliorant le sort du peuple , lui assure à jamais ladestruction des anciens abus. »
État de l'armée.
« L’armée est perdue sans ressource pour le roi. Non-seulementelle ne peut lui servir en totalité , et même dans sa plus petitepartie , à l’exécution d’un projet de contre-révolution : mais ellene peut être employée comme force publique, si les puissancesétrangères parvenaient à mettre le roi sur le trône. La premièrechose à faire alors serait de la dissoudre , pour la reformer de nou-veau , homme à homme , d’augmenter les troupes à cheval, decréer une maison du roi nombreuse , de prendre beaucoup de
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