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une pensée, ajouta-t-il, en étendant sa main avec troisdoigts écartés, que vous plantiez ici trois grandesallées de beaux et bons arbres, aboutissant au lieu oùje suis, avec petites allées aux côtés : cela fait, monprocureur-général que voilà vous donnera quittancede toute votre dette, sitôt quil pourra l’écrire àl’ombre des dits arbres. Ces bonnes gens qui ne de-mandaient qu’une diminution de la somme, ébahiset comme stupéfaits, ne savaient comment dire leurspensées ; ce que voyant le prince, il ajouta inconti-nent : allez vite, mes enfans, préparez vos outilspour les allées, j’y veux travailler avec vous. J’airapporté plus haut ce qu’il me dit à la suite de cetacte de bénéficence.
Ce n’est pas seulement par sa bonté toujours assai-sonnée que cet excellent prince mérite qu’on le cé-lèbre ; il avait de plus le sens si droit et la conceptionsi prompte et si facile, qu’il y avait, certes, plaisir àdiscourir avec lui de la chose publique. Il aimait àconverser sur la constitution politique tant internequ’externe de ce pays ; au premier égard, il compre-nait merveilleusement i° qu’en ce pays, plus qu’entout autre, le bien général de l’état, et partant le so-lide intérêt du souverain ne peut se trouver que dansle bien particulier des sujets, 2 ° que sur un terraincomme le nôtre, les franchises et libertés populaires,sagement instituées pour le faire fleurir et prospérer,en dépit de la nature et des élémens, demandaient àêtre bien plutôt augmentées que diminuées, 3° qu’ilétait tout autrement avantageux pour la prérogativeseigneuriale de n’avoir qu’une autorité limitée sur