58 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1795.
d’un chef militaire à qui l’on pouvait confier le salut de la patrie, furentà la fin entrainées, soit par les représentants du peuple qui avaient pujuger des talents de Bonaparte pendant leur mission aux armées du Midi,soit par les membres du comité de gouvernement, et elles se réunirentsur le jeune général. Caclié dans la foule, et guettant la fortune, ilassistait lui-même à cette délibération. Sans doute alors il se souvintd’Aubry, de l’inaction à laquelle ce représentant l’avait condamné, del’obscurité qui enveloppa tout à coup le vainqueur de Toulon et le com-mandant d’artillerie de l’armée d’Italie. Cette fois, c’est la destinée elle-même qui vient le prendre par la main et veut lui donner une place aumilieu du peuple français. Malgré l’horreur que lui inspira toujours laguerre civile, doit-il laisser périr la république, qui, même aux tempsdes proscriptions, n’a jamais appelé en vain jusqu’à présent ses défen-seurs ! Quel moment dans la vie d’un homme passionné pour la libertéautant que pour sa propre gloire ! Laissera-t-il échapper cette faveurpérilleuse du sort ! Bonaparte se rend au comité de salut public. On l’yattendait.
Il avait vu , dans la rue Vivienne, la conduite de Menou et celle descommissaires. 11 en rendit compte, et déclara qu’il n’accepterait pas lecommandement, s’il devait marcher sous les ordres des commissaires.Le péril pressait : pour trancher cette difficulté, on donna le comman-dement en chef au représentant Barras, et le commandement en secondà Bonaparte . Barras n’entendait rien à la guerre; mais, chargé, au9 thermidor, de dissiper la commune insurgée pour Robespierre , il étaitdevenu célèbre, non pas en raison de la difficulté, mais de l’importancede cette opération. Barras réunit donc dans sa personne le pouvoir destrois commissaires et ceux du général en chef. Il avait connu à Toulon le général Bonaparte , et il s’empressa de lui déléguer toute son autoritémilitaire.
Aussitôt que Bonaparte fut investi du commandement, il envoya lechef d’escadron Murat, avec un fort détachement, s’emparer des qua-rante pièces d’artillerie parquées à la plaine des Sablons. Minuit sonnait :un moment plus tard, elles auraient été enlevées par une colonne de lasection Lepelletier, qui n’osa attaquer les trois cents chevaux de Murat.Le 13, à neuf heures du matin, l’artillerie était placée à la tète du pontLouis XVI , du pont Royal, de la rue de Rohan, du cul-de-sac Dauphin,dans la rue Saint-Honoré, au Pont-Tournant, enfin à toutes les avenues