HISTOIRE DE NAPOLEON . — 1705. 59
des Tuileries . L’armée, d’abord de cinq mille hommes contre quarantemille, fut portée à huit mille cinq cents. Trois bataillons, composésd’anciens satellites ou employés de la convention, furent armés, orga-nisés, et placés sous le commandement du général Berruyer. C’étaientdes patriotes éprouvés, disgraciés depuis le 9 thermidor ; on les appe-lait encore les patriotes de 1789. Dans la convention il y avait peu d’opi-nions généreuses : on parlait de traiter avec les sections, de se retirersur les hauteurs de Saint-Cloud , de poser les armes. Enfin un parle-mentaire des sections, envoyé par Danican, leur général, traversa lespostes, les yeux bandés, et osa venir sommer la convention de retirerses troupes. Le général Bonaparte fit porter huit cents fusils dans laconvention, pour armer les députés et former ainsi une réserve. Lesinsurgés occupaient en force les postes de Saint-Koch et du Théâtre-Français, et les hauteurs de la Butte des Moulins; mais plusieurs deleurs colonnes avaient pris position sur le Pont-Neuf, où Cartaux, l’an-cien général de l’armée de Toulon , commandait quatre cents hommesavec quatre pièces d’artillerie. Les sections occupaient aussi le jardin del’Infante, au Louvre ; et une forte colonne, battant la charge, essaya dedéboucher parle pont Royal. Enfin, à quatre heures après midi, leleu commença, et à six heures, après une faible résistance, les sectionslurent mises en déroute. Il y eut quatre cents hommes de tués de parte t d’autre. Le général Bonaparte et son artillerie sauvèrent le gouver-nement. La convention confirma sa nomination au grade de général ensecond de l’armée de l’intérieur. Il fit acquitter Menou, que le comitévoulait condamner à mort, et qui méritait une punition sévère. L’au-torité militaire prévalut sur la puissance civile qui lui devait son salut.
Dès cette époque, le nom de Bonaparte devint populaire. En sa qua-lité de général en second de l’armée de l’intérieur, il était obligé de pour-voir à la paix et à l’ordre public. Il était sans cesse au milieu du peuple,harangua plusieurs fois aux halles et dans les faubourgs, et prit surloi un grand ascendant. La convention avait décrété le désarmementgénéral des sections. Cette opération attaquait tout cà coup les habitudeset les droits des citoyens ; elle ne rencontra pas d’obstacles, et son exécu-tion devint la singulière occasion du mariage de Bonaparte . Les perqui-sitions avaient été faites avec tant de rigueur dans les maisons, qu’aucuneorme quelconque n’y était restée. Un matin, on introduisit chez le géné-r ol Bonaparte un enfant de douze à treize ans, qui venait réclamer l’épée