HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1796. 73
Mais il quitte cette place devant Serrurier, dont la jonction ouvre lacommunication avec Nice et permet aux renforts d’artillerie de rejoin-dre l'année. Arrivé à Cherasco, Bonaparte met cette place en état dedéfense ; il y trouve de grands magasins, et désormais l’artillerie comptesoixante bouches à feu en campagne. L’armée d’Italie n’est plus unexil : la victoire, l’abondance et la discipline en ont fait une patrie poul-ies braves, et les dépôts se précipitent avec joie sur la route pour re-joindre les héros de la république. Yoici comment leur chef leur parledans sa proclamation de Cherasco :
« Soldats,
« Tous avez remporté, en quinze jours, six victoires, pris vingt et undrapeaux, cinquante-cinq pièces de canon, plusieurs places fortes, etconquis la partie la plus riche du Piémont . Vous avez fait quinze milleprisonniers, tué ou blessé plus de dix mille hommes. Vous vous étiezjusqu’ici battus pour des rochers stériles, illustrés par votre courage ,Mais inutiles à la patrie. Yous égalez aujourd’hui, par vos services,l’armée de Hollande et celle du Rhin . Dénués de tout, vous avez sup-pléé à tout. Yous avez gagné ces batailles sans canons, passé des ri-vières sans ponts, fait des marches forcées sans souliers, bivouaquésans eau-de-vie, et souvent sans pain. Les phalanges républicaines, lessoldats de la liberté étaient seuls capables de souffrir ce que vous avezsouffert. Grâces vous en soient rendues, soldats ! La patrie reconnais-sante vous devra sa prospérité ; et si, vainqueurs de Toulon , vous pré-sageâtes l’immortelle campagne de 93, vos victoires actuelles en présa-gent une plus belle encore.
« Les deux armées qui naguère vous attaquaient avec audace fuientépouvantées devant vous. Les hommes pervers qui riaient de votre mi-sère et se réjouissaient dans leur pensée des triomphes de vos enne-Mis, sont confondus et tremblants. Mais, soldats, il ne faut pas vousle dissimuler, vous n’avez rien fait, puisqu’il vous reste à faire; ni Tu-r M ni Milan ne sont à vous, les cendres de Tarquin sont encore fouléesPar les assassins de Basseville.
" * v °us étiez dénués de tout au commencement de la campagne ;Vous êtes aujourd’hui abondamment pourvus : les magasins pris à vos•Mnemis sont nombreux , l’artillerie de siège et de campagne est arri-