76 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1796.
l’armée (lu Rhin, et porter de concert la guerre dans la Bavière . Ceprojet est digne de vous, de l’armée et des destinées de la France . Sivous n’accordez pas la paix au roi de Sardaigne vous m’en préviendrezd’avance, afin que, si je suis en Lombardie , je puisse me replier etprendre des mesures. Quant aux conditions de la paix avec la Sardaigne ,vous pouvez dicter ce qui vous convient, puisque j’ai en mon pouvoirles principales places. Ordonnez que quinze mille hommes de l’arméedes Alpes viennent me joindre : cela me fera alors une armée de qua-rante-cinq mille hommes, dont il sera possible que j’envoie une partieà Rome . Si vous me continuez votre confiance, et que vous approuviezces projets, je suis sûr de la réussite: l’Italie est à vous. Vous ne devezpas compter sur une révolution en Piémont : cela viendra ; mais il s’enfaut que l’esprit de ces peuples soit mûr à cet effet....»
Bonaparte était entré, le 27 mars, à Nice , d’où il avait annoncé audirectoire son arrivée à cet armée si misérable, si indisciplinée ; et le28 avril suivant, il traçait, autant en politique qu’en général con-sommé , un plan de campagne qui menaçait en Allemagne la maisond’Autriche, qu’il n’avait pas encore attaquée dans ses possessions d’Ita-lie . L’armée grandissait aussi comme son chef; cinq fois, dans la der-nière semaine d’avril, la législature lui transmit l’honorable expressionde la reconnaissance nationale. Cependant le roi de Sardaigne envoie àParis le comte de Revel pour traiter de la paix. Elle est signée le 15 mai,tant ce prince a voulu qu’on se hâtât de la conclure. Par le traité, l’ar-mée d’Italie occupe les fortes places de Coni et d’Alexandrie ; celles deSuze, de la Brunetta, d’Exiles, sont démolies. Il n’y a plus d’Alpes , etle roi de Sardaigne ne peut plus régner que sous le bon plaisir de larépublique. Les Autrichiens perdent dans cet allié une force de soixanteà quatre-vingt mille hommes et y gagnent peut-être un ennemi de plusà combattre. L’armée des Alpes , commandée par KeUermann, se trouvepresque en ligne avec l’armée d’Italie, et les regards de Bonaparte ,embrassant toute l’étendue de la Péninsule, n’ont que le choix de laconquête, depuis les portes de Milan jusqu’à celles de Rome, et de Rome jusqu’aux Alpes du Frioul .
Dès ce moment l ’Europe contemple avec admiration le jeune conqué-rant qui, en quinze jours de campagne active, s’est emparé d’un royaumedéfendu par les Alpes , par des forteresses aussi inexpugnables qu’elles,et par deux armées que commandaient de vieux et habiles généraux. Les