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Tome premier.
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HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1796. 83

les envelopper au moindre mouvement qu’ils feraient. Il faudra pourcela non-seulement un seul général, mais encore que rien ne le gên®dans sa marche et dans ses opérations. J’ai fait la campagne sans con-sulter personne; je n’eusse rien fait de hon s’il eût fallu me concilieravec la manière de voir d’un autre. J’ai remporté quelques avantagessur des forces supérieures, et dans un dénûment absolu de tout, parceque, persuadé que votre confiance se reposait sur moi, ma marche a étéaussi prompte que ma parole. Si vous m’imposez des entraves de touteespèce, s’il faut que je réfère de tous mes pas aux commissaires du gouver-nement, s’ils ont le droit de changer mes mouvements, de m’ôter ou dem’envoyer des troupes, n’attendez plus rien de bon. Si vous affaiblissezvos moyens en partageant vos forces, si vous rompez en Italie l’unité dela pensée militaire, je vous le dis avec douleur, vous aurez perdu la plusbelle occasion d’imposer des lois à l’Italie . •>

Bonaparte , dans la suite de cette lettre, insistait sur la nécessité delaisser un seul général à la tète de l’armée; et le même jour, par lemême courrier, il écrivait au directeur Carnot, en lui parlant de sa ré-ponse au directoire :

« Kellermann commandera l’armée aussi bien que moi ; car personnen’est plus convaincu que je ne le suis, que les victoires sont dues aucourage et à l’audace de l’armée : mais je crois que réunir Kellermannet moi en Italie , c’est vouloir tout perdre. Je ne puis pas servir volon-tiers avec un homme qui se croit le premier général de l’Europe ; et,d’ailleurs, je crois qu’il faut plutôt un mauvais général que deux bons.La guerre est comme le gouvernement, c’est une affaire de tact. »

Une telle correspondance n’a pas besoin de commentaire. Bonaparte y traite presque d’égal à égal, c’est-à-dire de puissance à puissance avecle directoire : il sent que toute sa destinée est dans sa volonté. Depuis laveille (13 mai), le château de Milan était investi ; Augereau occupaitLa vie ; Serrurier, Lodi et Crémone ; la division de Laharpe , Como, Lesa-gno, Lucco et Pizzighettone.

Le jour où le directoire signait, à Paris , le traité qui, enlevant auPiémont la Savoie, le comté de Nice et le territoire de Tende , livraittoutes ses places iortes à l’armée française ; ce même jour, 15 mai, legénéral Bonaparte faisait à Milan son entrée solennelle; et, jaloux d’en-tretenir cette puissance morale qu’il a si habilement mariée avec sa puis-sance militaire, il adresse à ses compagnons d’armes cette proclamation :

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