120 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1796.
sous le drapeau français, et les gardes nationales de Reggio avaientessayé avec succès les premières armes de leur liberté contre un déta-chement de la garnison de Mantoue .
L’armistice de Bologne avait eu lieu le 23 juin. Le directoire gâta letraité à faire avec le pape : il discuta philosophiquement les affairesspirituelles, et le pape, qui vit la religion en danger, ne voulut pointle ratifier. La république perdit seize millions à cette ineptie du direc-toire, qui ne devait s’occuper que du temporel. Dans l’intervalle, lesaint-père s’adressa à la cour de Tienne, et trahit à Ferrare son armi-stice. La possibilité de punir la cour pontificale dépendait de la chutede Mantoue , et le traité de Tolentino répara, l’année suivante, lesinjures que la république avait reçues du saint-siège; mais pendantplusieurs mois, grâce aux fautes du directoire, la tranquillité du midi del’Italie et la sûreté de l’armée française furent compromises par lesintrigues de Rome, de Tienne et de Naples ; et les démonstrations ar-mées de cette dernière cour ne justifièrent que trop bien la prévoyancede Bonaparte , attestée par ses lettres au directoire.
L’affaire de la Toscane avait été conduite exclusivement par le géné-ral en chef, et la négociation devint utile aux deux gouvernements. Onne fit en Toscane la guerre qu’aux Anglais, et dans la seule ville de Li-vourne , à qui on ôta même sa garnison française quand ils eurentabandonné la Méditerranée. Aussi, à la cessation des hostilités, legrand-duc conserva ses états.
La foi de Naples parut aussi douteuse après le traité qu’avant; maisun traité était plus fort qu’un armistice. Celui-ci, qui fut signé le5 juin, amena la paix du 10 octobre, et dès lors les griefs que le géné-ral Bonaparte put avoir contre la cour de Naples, en raison des mouve-ments extraordinaires qu’exécutaient ses armées, faisaient aussi pesersur elle une responsabilité que l’on devait rappeler un jour. La sériedes infidélités étrangères commence aux guerres de la révolution.
Le directoire se jetait à la tête de l’Autriche , à la moindre occasion,pour obtenir la paix, tant il avait besoin de sa tranquillité au Luxem-bourg . Cette faiblesse, déguisée sous l’apparence de la force et de lacolère, n’éclatait que trop dans l’ordre qu’il avait donné au générald’écrire à l’empereur d’Autriche , de le menacer de la destruction deson port de Trieste, s’il n’envoyait pas des plénipotentiaires à Paris ;mais la lettre de Bonaparte à l’empereur rejetait sur le directoire la