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Tome premier.
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124 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 4796.

de fréquentes sorties. Cette garnison valait une armée, et Serruriern’avait que huit mille hommes au blocus. Il y eut un moment d’abatte-ment dans l’armée française. Elle se plaignait tout bas, mais son générallui répondait. Cet entretien de l’armée et de son chef est une singula-rité remarquable de l’époque, en même temps qu’elle caractérise parfai-tement Bonaparte et l’armée d’Italie. Cet homme si habile, qui ne comp-tait ni ses ennemis ni ses soldats, attachait justement toute sa supérioritéau moral des troupes. Il leur avait parlé depuis son arrivée et ne cessade leur parler jusqu’aux adieux si touchants et si nobles de Fontaine-bleau . L’armée reprit courage, et l’impulsion électrique qu’elle reçutde son général alla réveiller dans les hôpitaux de Brescia, Bergame ,Milan, Crémone, Lodi, Pavie, Bologne , les malades et les blessés, quivinrent rejoindre leurs drapeaux. Lannes était un de ces blessés; il ac-courut. Ce dévouement des soldats était individuel et ne peut appartenirqu’aux mœurs républicaines.

Le génie de Bonaparte veille sur l’armée malheureuse. Kilmaine estappelé du blocus de Mantoue avec deux mille hommes, et chargé de lagarde de Vérone . Le 14 novembre au soir, les vingt mille hommesqui forment le camp de Vérone passent silencieusement l’Adige surtrois colonnes , et se forment sur la rive droite. Point d’ordre du jourcette fois ; c’est une retraite qui s’opère devant les vainqueurs de Cal-diero. Ainsi le siège de Mantoue est levé! lTtalie est perdue! Les habi-tants, entraînés par leur attachement aux destinées françaises, suivent,désespérés, le mouvement de l’armée de Vérone ; la nuit ajoute encoreà cette scène de tristesse, dont le dénoùment est imprévu. Mais tout àcoup , au lieu de se diriger sur Peschiera, Bonaparte tourne brusque-ment à gauche, et, avant le jour , l’armée est à Ronco, où le colonelAndréossy jette un pont. A l’aurore, elle se trouve sur l'autre rive del’Adige . Là, elle se reconnaît, se rappelle la poursuite de Wurmser,et comprend que son général veut tourner Caldiero . Il n’y a que treizemille hommes au drapeau français : ils n’ont pu lutter en plaine contreles quarante mille que commande Alvinzi ; mais le terrain où Bonaparte place sa petite armée augmente sa force en diminuant celle de son en-nemi, et rétablit ainsi l'égalité : ce sont trois chaussées, trois diguessur des marais; dès lors la victoire nous appartient, puisqu’elle ne dé-pend plus que du courage. Le soldat a pénétré la pensée de son géné-ral. Trois colonnes sont en marche: la première sur Vérone , par