HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1790. 125
Porcil ; la seconde sur Villa-Nova, par Arcole ; la troisième sur Alba-redo, en descendant l’Adige . Alvinzi, qui ne s’attend point à être atta-qué de ce côté par ceux qu’il a repoussés de front, ji’a pas gardé lepays entre Arcole et l’Adige ; il ne peut croire qu’une armée s’aventuredans des marais impraticables dont il défend toutes les avenues. Cepen-dant cette armée avançait sur les derrières d’Alvinzi, et allait lui livrerla bataille d’Arcole. Masséna est sur la digue de gauche, Augereau surcelle d’Arcole. Vivement assaillis, ils laissent l’ennemi s’engager , fon-dent sur lui au pas de charge et lui enlèvent du canon et des prison-niers. Le général Bonaparte se tient à la division Augereau ; il veutemporter Arcole ; mais ce village résiste à tous les assauts. Il ordonnealors un dernier effort ; sa colonne de grenadiers est encore prise enflanc ; elle s’arrête indécise sous la mitraille : Bonaparte voit ce momentterrible ; il descend de cheval, saisit un drapeau, et, s’élançant sur lepont : Soldats, s’écrie-t-il, n’êtes vous plus les braves de Lodi ? Suivez-"toi ! A sa voix un certain nombre de soldats montent sur la chausséeet marchent en avant. Mais le trouble règne à la queue de la colonne ,dont la tète seule suit le mouvement communiqué. Bonaparte , le dra-peau à la main, s’avance à travers une grêle de balles et de mitraille;Ü est entouré de ce fameux état-major qui doit donner à l’armée sesPlus illustres généraux. Lannes, blessé à Governolo , couvre de soncorps le général en chef, et reçoit encore trois blessures. Muiron , quil’a déjà sauvé au siège de Toulon , est tué devant lui. Cependant la co-lonne est près de franchir le pont, lorsqu’une dernière décharge larejette en arrière. Les grenadiers restés auprès du général s’emparentde lui et l’emportent au milieu du feu et de la fumée. A l’extrémité duPont, Bonaparte , toujours inébranlable , veut ramener les siens aucombat ; une nouvelle décharge à mitraille écrase tous ceux qui l’en-vironnent , et, parmi ses troupes en désordre, il est entraîné dans untarais où il enfonce jusqu’à moitié du corps. Mais Belliard et Vignol-!es ont vu le danger de Bonaparte ; ils en avertissent les soldats. UnCr i se fait entendre : Sauvons notre général ! Conduits par ces deux offi-ciers généraux, ils se précipitent au pas de course sur l’ennemi, lerepoussent au delà du pont malgré un feu épouvantable. Pendant cefdnps, Bonaparte s’arrache du marais et revient se placer à la tête defa colonne éprouvée par de si grands périls. Six heures après, le gé-néral Guyeux , ayant passé l’Adige à Albaredo , prit à revers le vil-
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