140 HISTOIRE DE NAPOLEON . — 1797.
par le général Wnrmser inspira au saint-père. Après avoir annoncéque toute négociation de paix était incompatible avec la religion catholi-que et son devoir de souverain , « S. S enjoint à tous les évêques, auxcurés, aux magistrats, et à toute autre personne en place, d’encoura-ger les peuples qui dépendent d’eux à prendre les armes, et de les exci-ter même au son du tocsin, comme il a été ordonné par la notification du31 janvier 1793. » Le général Bonaparte demanda directement des ex-plications sur cette étrange proclamation lancée au milieu d’un armi-stice , et il lui l'ut répondu formellement que le pape reconnaissait ce ma-nifeste comme son ouvrage, et qu’il en avait jugé la publication nécessairepour être toujours en état de défense. Malgré l’audace d’une telle déclara-tion, Bonaparte eut la générosité d’écrire au cardinal Mattéi, légat deFerrare : « Tous connaissez, M. le cardinal, la force et la puissancedes troupes que je commande. Pour détruire le pouvoir temporel dupape, il ne me manque que de le vouloir. Allez à Rome ; voyez le saint-père : éclairez-le sur ses véritables intérêts ; détacliez-le des intrigantsqui l’entourent, qui veulent sa perte et celle de la cour de Rome. Legouvernement français me permet encore d’écouter des propositions depaix. Tout peut s’arranger. La guerre, si cruelle pour les peuples, ades résultats terribles pour les vaincus. Evitez de grands malheurs aupape. Vous savez combien je désire personnellement de finir par la paixune lutte que la guerre terminerait pour moi sans gloire, comme sanspéril. » Le général Bonaparte ne se contenta pas de cette démarcheauprès du souverain pontife ; il écrivit au citoyen Cacault, le 28 octobre :« J’attache bien plus d’importance au titre de conservateur du saint -siége, qu’à celui de son destructeur. Vous savez bien vous-même com-bien mes sentiments ont toujours été conformes à ce sujet ; et moyennantles facultés illimitées que m’a données le directoire, si à Rome on veutfaire preuve de jugement, nous en profiterons pour donner la paix àcette belle partie du monde, et pour tranquilliser les consciences timo-rées de plusieurs peuples. » Telles étaient les dispositions bienveillantesde Bonaparte pour la cour de Rome, malgré la violation de l’armisticepar la proclamation du saint-père, et malgré le refus de payer lessommes ou de livrer les subsistances qui y avaient été stipulées, lorsque,le 10 janvier 1797, l’on intercepta entre autres lettres celle que le car-dinal Busca avait adressée, le 7, au prélat Albani, ambassadeur deRome à Vienne. Ce prélat négociait dans le même moment avec le baron