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Tome premier.
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166 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1797.

Toutefois cette nécessité renfermait un immense dauger, celui de laisserderrière soi trois millions de sujets vénitiens, quand on serait engagéau delà des frontières de cette république, à la poursuite de l’archiduc,dans les Alpes allemandes. Ce péril ne devait pas échapper à celui quil’avait déjà prévu lors de la poursuite de Beaulieu. Aussi Bonaparte voulut avoir une conférence avec le sénateur Pesaro , auquel il offritl’amitié de la France et la garantie de tous les états vénitiens de la terreferme, dont une partie avait déjà levé, à Brescia et à Bergame , l’éten-dard de l’indépendance. Il lui proposa de déclarer la guerre à l’Autriche et de fournir un contingent de dix mille hommes à l’armée française .Il lui donna, en outre, le conseil aussi amical que politique de faireouvrir le livre d’or aux grandes familles de la terre ferme. Pesaropartit en disant qu’il apporterait la réponse du sénat dans quinze jours.Il cherchait à gagner du temps, dans l’espérance que cet intervalleserait favorable aux armes de l’Autriche. Mais Bonaparte , de son côté,mit ces quinze jours à profit : il passa la Piave. L’archiduc fut battusur le Tagliamento. La révolution s’était opérée à Bergame, à Salo , àBrescia . Le peuple avait désarmé dans cette dernière ville la garnison,composée de deux mille Esclavons. Le provéditeur Battaja avait étéarrêté et renvoyé à Vérone . Enfin Palma-Nova, place très-forte, que lesAutrichiens n’avaient pu défendre, avait ouvert ses portes au vainqueur,et sur le sommet des Alpes noriques, au delà de l’Isonzo,Tarvis voyaitflotter sur ses murs le drapeau de la république française.

A l’expiration des quinze jours, Pesaro était revenu, et Bonaparte avait renouvelé ses propositions. « Armez-vous encore? >» lui dit-il. « 11le faut bien, répondit Pesaro; il nous faut punir les rebelles de Brescia et de Bergame , et contenir les malveillants de Crema, de Chiara, deVérone, et les agitateurs de Venise elle-même. — S’il est, reprit Bona-parte , des troubles sur mes derrières par votre faute, si les troupesque je laisse sont insultées, ce qui n’était pas un crime quand j’étais en Ita-lie, en serait un irrémissible quand je serai en Allemagne . Votre républiquecesserait d’exister; vous auriez prononcé sa sentence. Vaincu ou vainqueur, jeferais la guerre à vos dépens. » Après cet entretien, on s’était séparé,Bonaparte pour continuer ses avantages et Pesaro sa politique. En effet,malgré la défaite de l’archiduc Charles, la haine sénatoriale de Venise fut si aveugle, que l’envoyé de cette république à Vienne reçut ordrede conclure une alliance avec l’empereur.