HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1797. 183
de Naples , qui ne paraissait pas vouloir tenir la convention du 10 octobre1796, le saint-siège, malgré l’épreuve qu’il avait faite du général Collià Ancône, avait encore demandé un général à l’Autriche . La cour deVienne envoya Provera, deux fois prisonnier des Français depuis laguerre; mais le Vatican en fut pour le ridicule qui s’attacha à cette se-conde rodomontade, et le général Provera pour un séjour momentanéà Rome. La Cisalpine , fière comme une république naissante, demandaraison au pape de son refus de la reconnaître, et, dans l’espoir de luiprendre quelques provinces, elle lui déclara la guerre. N’ayant plus desecours à invoquer du côté de l’Autriche qui négociait avec la France , nidu côté de Bonaparte justement indigné de cette nouvelle hostilité, nienfin du côté de la cour de Naples que sa conduite et ses prétentions ren-daient plus que suspecte au libérateur de l’Italie , le saint-père dut se ré-fugier dans l’abaissement de l’humilité chrétienne, et donner à la Cis-alpine toutes les satisfactions qu’elle exigea. Cette belle création de larépublique cisalpine, dont les frontières s’étendaient des Alpes helvéti-ques à l’Apennin romain, et du Tésin à l’Adriatique , eût nécessaire-ment enveloppé l’Italie entière si, quelques années plus tard, le géniemonarchique n’eût détrôné le génie républicain, replacé des royaumessur les ruines des républiques déjà florissantes, et détruit enfin l’attenteet le besoin des nations, rétablissant des institutions despotiques, dontla chute, consacrée par la gloire nationale, était toute l’œuvre de la ré-volution française. Dans le moment où nous écrivons, l’Italie , presséeentre le despotisme de Vienne et celui de Rome , jette sans doute unregard douloureux sur de tels souvenirs, et leur compare la doubleservitude sous laquelle elle a perdu jusqu’à son nom de nation.
Tels furent sommairement les intérêts étrangers qui occupèrent Bo-naparte à sa cour de Montebello ; il n’en était distrait que par les inquié-tudes qui agitaient l’intérieur de la France , et qui se répandaient déjàsourdement dans son armée. Peut-être aussi le danger d’une crise pro-chaine lui était-il plus fortement démontré, par le refus que venait de 'faire la cour de Vienne de ratifier la convention signée avec le marquisde Gallo, et qui contenait les bases de la paix définitive. Ce refus l’avaitdéterminé à créer tout de suite un puissant état intermédiaire sous le nomde république cisalpine , afin d’avoir sous sa main un auxiliaire à opposerà l’Autriche , en cas de rupture. Ce fut aussi dans ce but qu’il avaitsollicité vivement le directoire de ratifier le traité de Turin , du 5 avril.